Une alternative, pas deux ni trois ni quatre !

alternative choix Pourquoi un mot, à un moment donné de sa « vie », est-il détourné de son sens premier ? Par quelle « magie » la majorité d’entre nous finit par l’utiliser à mauvais
escient ? Quelle est l’origine de cette « manipulation des mots » ? Autant de questions qui ont germé dans mon esprit à la lecture d’un simple titre d’article dans un magazine le week-end dernier : « Les nouvelles alternatives ».

Vous voyez où je veux en venir ? Non ? C’est que vous avez été colonisé, que vous avez subi la pression de la conformité. Sans vous en rendre compte, vous vous êtes laissé imposer votre vocabulaire, le sens erroné du mot « alternative ». Vous ne comprenez toujours rien à ma réflexion pseudo-philosophique à 2 euros ? Je vous explique.

« Alternative », dans le cas du titre précité et dans bien d’autres exemples dans les médias ou nos conversations de tous les jours, est employé dans le sens d’une possibilité, d’une option, d’une solution de rechange. Or, une alternative, ce n’est pas ça ! Une alternative est « un choix entre deux possibilités », précise Le Petit Larousse. L’alternative implique de facto l’existence de deux éventualités. Bref, dire « Vous avez le choix entre deux alternatives », « Les nouvelles alternatives » ou encore « Nos alternatives pour se passer de grignoter », ce n’est pas correct. Les moins pointilleux diront que c’est
« impropre ».

Par contre, et juste pour le plaisir d’embrouiller les esprits (je sais, ce n’est pas gentil), on peut dire « Des alternatives de pluie et de neige ». Dans ce cas, l’alternative désigne une succession de deux états différents revenant tour à tour, et n’a rien à voir avec un choix.

On fait une petite récap’ ?

On dit « Une solution de remplacement », on ne dit pas « Une solution alternative »
On dit « Y a-t-il une autre possibilité ? », on ne dit pas « Y a-t-il une autre alternative »
On dit « Il n’y a pas d’autre plan », on ne dit pas « Il n’y a pas de plan alternatif »

« Alternative » n’est que l’un des nombreux mots que nous utilisons de façon incorrecte. Qui pourra m’en citer d’autres ?

Vive les jurons, à bas les points

Comic Flche - zweifarbig Il y a des semaines où je me dis que, finalement, j’aurais bien fait d’embrasser une carrière universitaire. Car qu’est-ce qu’on s’amuse dans les départements de linguistique et de psychologie ! Au cours de cette seule semaine, ce ne sont pas moins de deux études cruciales auxquelles j’aurais franchement apprécié participer, histoire de me marrer.

Vous avez sans doute vu passer
la première. Tous les sites
« d’information » ont relayé sa conclusion : terminer un SMS par un point est une mauvaise idée, cela traduit un manque de sincérité et peut même être une preuve de cruauté. Rien que ça ! Qui aurait cru qu’un simple point, un tout petit point, puisse avoir un tel pouvoir ?! Dark Vador, sors de ce corps, euh… de ce point !

De simple signe de ponctuation, voilà donc le point devenu marqueur expressif. Tout cela parce que 126 étudiants, oui seulement 126, ont jugé plus sincère un « oui » qu’un
« oui. ». Par contre, ces mêmes 126 étudiants (américains, la précision est peut-être importante) estiment, à l’inverse, que le point d’exclamation donne, lui, une plus grande apparence de sincérité aux messages que si ces derniers sont dénués de toute ponctuation. Moi qui pensais que le point d’exclamation augmentait justement l’emphase et traduisait un ordre ou une exaspération… Nous n’avons probablement pas eu le même cours sur la ponctuation. Pour couronner le tout, le point redevient acceptable et même normal s’il est utilisé dans un message manuscrit.

En résumé : « oui. » n’est pas sincère, par contre « oui ! » l’est et même davantage que
« oui » qui l’est plus que « oui. » sauf si « oui. » a été manuscrit. Vous avez suivi ? Non ? Ce n’est pas grave, de toute façon, je ne suis pas sûre qu’il fallait vraiment parler de cette étude dont l’échantillon n’est absolument pas représentatif de la population et dont le caractère scientifique semble donc douteux.

Et la deuxième étude, me direz-vous ? Elle est tout aussi drôle et nous vient elle aussi tout droit des Etats-Unis. Je vais devoir penser à m’expatrier si je veux vraiment m’amuser… Deux psychologues viennent de démontrer que plus on dit de jurons, plus on a de vocabulaire ! Si, si…

Comment sont-ils arrivés à cette conclusion ? Tout simplement en demandant à des étudiants de citer à voix haute le plus de gros mots que possible en une minute, puis de répéter l’exercice mais cette fois en nommant… des animaux. Conclusion : les plus doués en jurons sont aussi ceux qui connaissent le plus de noms d’animaux. Ils ont donc plus de vocabulaire et donc de compétences linguistiques. CQFD ! C’est quand même facile et drôle la science, non ?

Sur ce, je vais envoyer un SMS à ce connard qui me fait chier depuis ce matin et je n’oublierai pas de finir par un point. Merde, quoi.

« Je te dis que l’ours hiverne ! »

Ours Je savais que cela arriverait un jour. C’est juste arrivé un peu plus tôt que je ne l’avais imaginé. Mon fils de 6 ans m’a cloué le bec sur une question de vocabulaire. Voilà qui m’apprendra à l’emmener en vacances au Canada…

Je vous raconte. Ce jeudi après-midi, Melvil rentre de son stage de natation accompagné de sa nounou. Ils sont en grande discussion.

Lui : « Je te dis que l’ours hiverne ! »

Elle : « Non, l’ours hiberne, avec un ‘b’. »

Je m’immisce dans le débat et vole au secours de la nounou.

Moi (un peu trop sûre de moi) : « Mais si mon chéri, l’ours hiberne. L’hivernage, c’est pour les bateaux… »

Lui : « Je te dis que NON ! » (les majuscules s’imposent) « Ils l’ont dit au ‘zou’ de
Montréal ! » (Au Québec, on ne dit pas « zo », on dit « zou », à l’anglaise)

S’ils l’ont dit à l’Ecomuseum de Montréal… Pour ne pas perdre la face tout de suite, je tente l’explication ridicule : « Oui mais tu sais, au Québec, ils disent peut-être hiverner au lieu d’hiberner. Ils disent bien bouffer au lieu de manger sans que ça ne soit familier… En Belgique aussi, on utilise parfois des mots qui ne sont pas du français de France… » Là, je sens que je m’enfonce.

De commun accord, nous sortons de la bibliothèque « L’Univers fascinant des animaux ». Et là, le couperet tombe. Un grand moment de solitude m’envahit…

« L’ours noir n’est pas un hibernant car il reste tout le temps semi-conscient. » « Le grizzly n’hiberne pas vraiment. » Le site Ursides.com confirme : « Contrairement à la pensée populaire, l’ours n’est pas un véritable hibernant. On dit qu’il hiverne. La vie de l’ours se déroule au ralenti. L’ours reste attentif aux bruits extérieurs et peut sortir de sa tanière en cas de danger. »

Voilà, pour une fois, et ce n’est sans doute pas la dernière, c’est Melvil qui a mis les points sur les i…

PS : les animaux qui hibernent sont la grenouille, la marmotte, le hérisson, la chauve-souris, le loir, le castor, le lézard, ainsi que certains poissons, quelques hamsters et certaines souris.

Orgasme littéraire…

Mots du sexe Voici deux semaines, après la publication de l’article sur l’Ardenne belge, l’un de mes lecteurs assidus m’envoie un texto : « Bon, à quand un sujet un peu sexy sur phantasme ou fantasme, par exemple ? Ou l’origine du mot ‘godemichet’… Histoire que ça like un peu. »

Comme je suis toujours à l’écoute de mes « fans », je me suis dit pourquoi pas. Mais avec « phantasme » et « fantasme », je n’allais pas aller bien loin. Les deux orthographes sont acceptées. Le « f » étant juste plus moderne que le « ph » issu du grec « phantasma ». Seule une psychanalyste britannique fait une distinction de sens entre « phantasme » et

« fantasme » ; le premier évoquerait le phantasme inconscient, le second le fantasme conscient. L’Académie française ne pousse pas le bouchon jusque-là. Et je vous rassure, moi non plus (pour une fois) !

J’ai donc cherché un peu plus loin ce qui pourrait « donner du plaisir » à mon lecteur. C’est alors que je suis tombée nez à nez avec « Le Bouquin des mots du sexe » d’Agnès Pierron. Mille trente-sept pages de vocabulaire coquin ! Auriez-vous imaginé une telle richesse autour du sexe ? D’autant qu’ici, rien n’est dégueulasse, rien n’est violent. On est loin des vulgaires « mettre », « prendre » ou « branler » (même si on les trouve dans l’ouvrage, difficile de les éclipser). Dans le livre d’Agnès Pierron tout est poétique, drôle, inventif, inattendu et souvent… inconnu. Un Kâmasûtra des mots où le sexe se mêle à la nourriture, à la religion, aux métiers, aux fleurs, à notre environnement familier. De quoi pousser l’imagination à s’égarer.

Evidemment, je ne résiste pas à l’envie de vous livrer quelques exemples parmi les 2.500 du bouquin…

Faire criquon criquette : coïter.

«Déballer le Mon Chéri» : déshabiller une femme.

Être en lecture : se dit, dans le vocabulaire de la prostitution, quand la fille est occupée avec un client.

Plaider aux Consuls : faire l’amour.

Casser la gueule à son porteur d’eau : avoir ses règles.

Avoir des avant-scènes : avoir de gros seins.

Être à bande et à cassette : être bisexuel(le).

Le regoubillonnement des chambrières : relancer une femme, en l’allumant par quelques caresses.

Envoyer son enfant à la blanchisseuse : éjaculer hors du vagin, dans les draps.

Le choix du boucher : c’est le « morceau de choix » – l’anus – que la prostituée réserve à son amant de cœur.

Refaire le carrelage du bois de Boulogne : être une bonne fellatrice, ou un bon branleur.

Un tablier de forgeron : le système pileux intime de la femme.

Se la passer à la feuille d’or : pour un homme, se masturber

Vous l’aurez compris, rien ne vaut la lecture du « Bouquin des mots du sexe » pour s’offrir, une fois n’est pas coutume, un vrai orgasme… littéraire.

« Le Bouquin des mots du sexe », Agnès Pierron, Robert Laffont, 2015.

Oh regarde, une paréidolie !

nuagecheval Non, définitivement non, votre enfant ne vous lâchera jamais en regardant le ciel : « Oh regarde, une paréidolie ! » Par contre, il vous dira : « Oh regarde, le nuage, il ressemble à un ourson. » Ou à un éléphant, un visage, un poisson.

Vous aussi, j’en suis certaine, il vous arrive de voir la carte de France en découpant un kiwi, un visage dans la mousse de votre café ou encore le Christ en trame de fond d’une vieille photo noir et blanc ou sur le tronc d’un arbre.

Eh bien cette illusion d’optique porte un nom, eh oui : la paréidolie (qui peut s’écrire avec ou sans accent). Et je dois bien avouer que je l’ignorais jusqu’à la semaine dernière. Comme quoi, on n’a jamais fini d’enrichir son vocabulaire.

Selon une étude publiée en avril 2014, voir des paréidolies partout serait un signe de bonne santé cérébrale. Car c’est bien notre cerveau qui est à l’origine de ces « visions ». En fait, le cerveau structure son environnement et il lui arrive de transformer des informations fournies par la rétine en objets connus. C’est pourquoi dans un même nuage, deux personnes peuvent voir des choses différentes. Les attentes, les prédispositions, la culture de chacun a un impact sur nos paréidolies.

Quoi qu’il en soit, et en cette veille de week-end et de dîner(s) entre amis, voilà un mot à caser dans la conversation pour épater la galerie !