Vive les jurons, à bas les points

Comic Flche - zweifarbig Il y a des semaines où je me dis que, finalement, j’aurais bien fait d’embrasser une carrière universitaire. Car qu’est-ce qu’on s’amuse dans les départements de linguistique et de psychologie ! Au cours de cette seule semaine, ce ne sont pas moins de deux études cruciales auxquelles j’aurais franchement apprécié participer, histoire de me marrer.

Vous avez sans doute vu passer
la première. Tous les sites
« d’information » ont relayé sa conclusion : terminer un SMS par un point est une mauvaise idée, cela traduit un manque de sincérité et peut même être une preuve de cruauté. Rien que ça ! Qui aurait cru qu’un simple point, un tout petit point, puisse avoir un tel pouvoir ?! Dark Vador, sors de ce corps, euh… de ce point !

De simple signe de ponctuation, voilà donc le point devenu marqueur expressif. Tout cela parce que 126 étudiants, oui seulement 126, ont jugé plus sincère un « oui » qu’un
« oui. ». Par contre, ces mêmes 126 étudiants (américains, la précision est peut-être importante) estiment, à l’inverse, que le point d’exclamation donne, lui, une plus grande apparence de sincérité aux messages que si ces derniers sont dénués de toute ponctuation. Moi qui pensais que le point d’exclamation augmentait justement l’emphase et traduisait un ordre ou une exaspération… Nous n’avons probablement pas eu le même cours sur la ponctuation. Pour couronner le tout, le point redevient acceptable et même normal s’il est utilisé dans un message manuscrit.

En résumé : « oui. » n’est pas sincère, par contre « oui ! » l’est et même davantage que
« oui » qui l’est plus que « oui. » sauf si « oui. » a été manuscrit. Vous avez suivi ? Non ? Ce n’est pas grave, de toute façon, je ne suis pas sûre qu’il fallait vraiment parler de cette étude dont l’échantillon n’est absolument pas représentatif de la population et dont le caractère scientifique semble donc douteux.

Et la deuxième étude, me direz-vous ? Elle est tout aussi drôle et nous vient elle aussi tout droit des Etats-Unis. Je vais devoir penser à m’expatrier si je veux vraiment m’amuser… Deux psychologues viennent de démontrer que plus on dit de jurons, plus on a de vocabulaire ! Si, si…

Comment sont-ils arrivés à cette conclusion ? Tout simplement en demandant à des étudiants de citer à voix haute le plus de gros mots que possible en une minute, puis de répéter l’exercice mais cette fois en nommant… des animaux. Conclusion : les plus doués en jurons sont aussi ceux qui connaissent le plus de noms d’animaux. Ils ont donc plus de vocabulaire et donc de compétences linguistiques. CQFD ! C’est quand même facile et drôle la science, non ?

Sur ce, je vais envoyer un SMS à ce connard qui me fait chier depuis ce matin et je n’oublierai pas de finir par un point. Merde, quoi.

Non au langage SMS dans les manuels en primaire

langage sms J’avoue. Je suis réfractaire au changement. Surtout lorsqu’il s’agit de langue française. J’exècre la nouvelle orthographe. Il n’y a rien à faire, ça ne passe pas. Écrire
« connaître » sans accent circonflexe,
« oignon » sans « i » ou « événement » avec un accent grave sur le deuxième « e », est un réel supplice. Même si j’y ai été contrainte à maintes reprises dans le cadre professionnel notamment à… l’université de Liège.

Si la nouvelle orthographe m’avait déjà donné un coup de vieux, un clou supplémentaire a été planté hier dans mon cercueil.

Alors que j’étais occupée à parcourir les dernières nouvelles sur les sites d’information, le titre d’un article m’a subitement provoqué des extrasystoles : « Du langage SMS dans les manuels scolaires en primaire. » Non !? Si ! Et depuis 2011, en plus ! L’argument de choc des enseignants convaincus et de l’éditeur (Van In) : « On part de la vie des enfants pour susciter de l’intérêt. » Aurais-je raté un épisode ? En 4e primaire, serait-on déjà adepte du sms ? Tous les enfants de 9 ans ont-ils désormais un smartphone et un abonnement sms illimités ? Le langage sms fait-il réellement partie de leur quotidien ? Moi qui pensais que ce fléau ne démarrait qu’à 13 ou 14 ans… Evidemment, je fais partie de la vieille école.

Mes extrasystoles sont reparties de plus belle quand, dans un autre article sur le même sujet, la maison d’édition insiste : « Le but est de partir de cette situation qui n’est pas correcte, pour aller vers quelque chose de correct en travaillant la grammaire. » Euh… Je vous épargne le commentaire désagréable sur la construction de cette phrase et je pose une nouvelle question : et si on commençait plutôt dans l’ordre logique des choses ? Apprendre d’abord aux enfants l’orthographe correcte des mots, par exemple… Cela éviterait peut-être aux chercheurs de se demander « Pourquoi les étudiants sont-ils nuls en orthographe ? » et d’écrire des ouvrages comme « Orthographe en chute, orthographe en chiffres ». En 20 ans, les fautes d’orthographe des étudiants de première année à l’Université ont doublé !

Bref, je veux bien vivre avec mon temps, mais il ne faut tout de même pas pousser mémé (moi) dans les orties. Si les pédagogues estiment normal de d’abord savoir écrire « poa » avant « poids » ou « oQne » avant « aucune », désolée mais moi, je « kontST », euh, pardon, je conteste. Sur ce, je vais acheter un exemplaire du VOB. Le VOB ?
Le « vocabulaire orthographique de base », 4.000 mots que les enfants doivent pouvoir orthographier correctement à la fin de l’école primaire. La vieille mère que je suis, a inscrit son fils dans une « vieille » école. Et la semaine prochaine, il y a interrogation !