Prête à partir mais pas près de revenir !

À la veille du congé d’automne, je ne pouvais plier bagage sans vous livrer une petite chronique orthographique. Alors que je réfléchissais à un sujet, j’ai fait un bond dans mon canapé lorsque la journaliste et présentatrice de l’émission « Devoir d’Enquête » sur La Une a conclu son émission du
25 octobre par une croquignolesque (le mot est à la mode) « Elle n’est pas prête (sic) de s’éteindre ! ».

Mon sujet était tout trouvé. Car Malika n’est pas la seule à confondre l’adjectif « prêt » (qui est préparé pour, disponible, disposé à…) et la préposition « près de » (être sur le point de). Nombreux sont ceux à se laisser piéger par ces diables d’homophones. La langue qui fourche, ça arrive à tout le monde. D’autant que ce qui est une faute aujourd’hui était admis au 17e siècle ! On en retrouve notamment un exemple chez La Fontaine.

Vous êtes prêt à ne plus faire la faute ? Grâce à cette petite astuce que vous n’êtes pas près d’oublier, vous pourrez peut-être un jour, qui sait, prendre la place de Malika…

Pour ne plus confondre « prêt » et « près », mettez le mot au féminin et faites-le suivre de la préposition « à ». Ca fonctionne ? Bingo, c’est l’adjectif « prêt » qu’il faut employer. Cet adjectif est quasi toujours suivi par « à ». Quant à « près », il est toujours suivi de la préposition « de », jamais « à », et il peut être remplacé par « sur le point de » ou indiquer une proximité spatiale.

Sur ce bon conseil, je suis prête à partir en vacances mais peut-être pas près de revenir, qui sait… 😉

Faire la nique à « pic-nic »

Allez savoir pourquoi, il y a des mots pour lesquels je mène un véritable combat. Il y a évidemment « chips » et son genre féminin. Et puis il y a aussi le mot « pique-nique », avec deux fois « qu » et non deux fois « c » comme on le voit souvent orthographié.

Encore hier, j’ai failli m’étrangler. Pas à cause d’une chips, à cause d’un « pic nic ». Un horrible « pic nic » écrit par une journaliste radio de la RTBF en reportage à Avignon dans l’un de ses statuts Facebook. Mais pourquoi donc mes contemporains s’évertuent-ils à écrire « pic nic » ou « pic-nic » au lieu de « pique-nique » ?

Peut-être pour faire comme les Anglo-Saxons. Alors ils devraient écrire « picnic », sans trait d’union ou sans espace. Peut-être par nostalgie d’un modèle d’une célèbre marque de voiture. Mais là aussi, sorry, c’était sans trait d’union et en un mot. Seraient-ils à ce point illettrés ? Je refuse de le penser. Quoique…

Pour aider tous les amateurs de « pic-nic » à dorénavant « pique-niquer », l’explication de l’origine du mot devrait aider (même si diverses origines rivalisent).

Le terme « pique-nique » serait apparu au 17e siècle. Dans le langage populaire, on disait alors « faire un repas à pique-nique ». Le mot « pique » viendrait du verbe « piquer », dans le sens de picorer, inspiré des poules qui picorent les graines. Et la « nique » désignerait une « petite chose sans valeur ». La juxtaposition de ces deux termes permet donc de signifier le fait de picorer de petites choses, apportées par chacun, pour un repas convivial en extérieur.

Les entreprises ont besoin des littéraires, enfin !

copy writing « Les entreprises ont besoin de professionnels de l’écrit », ce n’est pas moi qui contredirai la linguiste Jeanne Bordeau. Dans un article publié par le magazine français
« Capital »
voici quelques semaines, elle explique que le numérique a donné une nouvelle vie à l’écrit dans les organisations. Et aux diplômés des filières de Lettres et Sciences humaines.

Des réseaux sociaux aux blogs en passant par les lettres d’information ou les sites web, les sociétés ont de plus en plus besoin d’organiser leur discours, de trouver le mot juste à tout instant. A tel point que plusieurs d’entre elles (Renault, Randstad, Crédit Agricole…) ont créé en leur sein de véritables rédactions et même… des écoles d’écriture internes. Vous avez bien lu !

Bon, cela, ça se passe en France. Chez nous, on n’en est pas là. Mais on se prend à rêver… Enfin les littéraires retrouvent leurs lettres de noblesse. Enfin on les prend au sérieux. Enfin les entreprises reconnaissent qu’écrire est un art. Un art qui n’est pas donné à tous. Une tâche que l’on ne peut (plus) confier au premier chien avec un chapeau qui passe au détour d’un couloir. Ou pire, à une machine.

Voilà qui devrait peut-être nous éviter, un jour, de devoir lire en réponse à une candidature pour un job « littéraire » à la RTBF : « Nous vous remercions pour votre application. Nous avons en effet déjà enregistré votre candidature pour ce poste et se fera un plaisir de vous répondre dès que nous avons attentivement parcouru votre CV. »