Allô SOS Langage ?

Smiling redhead girl in red polka dot dress with green dial phone on yellow background. Quel ramdam autour de cette « nouvelle » réforme de l’orthographe qui date en fait de 1990, appliquée en Belgique depuis la rentrée scolaire 2008, et que tout le monde semblait avoir oubliée jusqu’à ce qu’une vidéo du site TF1.fr vienne voici deux jours, ô malheur, nous annoncer erronément la disparition pure et simple de l’accent circonflexe. Jamais ce
« chapeau chinois », les « ognons » et les « nénufars » n’ont eu autant de succès dans la presse et sur la Toile !

Si la simplification est à l’origine de cette réforme, rappelez-vous que cette dernière n’est nullement contraignante. Libre à vous de continuer à écrire « oignon », « nénuphar » et de mettre un accent circonflexe sur le « i » de « disparaître », puisque non et définitivement non, il ne disparaît pas !

Et si l’orthographe vous rend fou (ou folle), sachez qu’outre le dictionnaire, le « Bon
usage » et le « Bescherelle », il existe pour les plus paresseux (ou les plus pressés) un service téléphonique gratuit d’assistance linguistique. A côté de SOS Suicide, il y a en effet SOS Langage ! Le second vous évitera peut-être d’appeler le premier. Hum…

Il suffit de composer le 02 219 49 33, du lundi au vendredi, de 9 h à 12 h et de 14 h à
17 h. Vous pouvez également poser votre question orthographique ou grammaticale par l’intermédiaire d’un formulaire en ligne. Vous recevez une réponse instantanément, sauf pour les questions un peu plus ardues. Dans ce cas, on vous rappelle. Le service existe depuis 1993. Je ne sui pas sûre, pourtant, que vous soyez nombreux à le connaître.

Autre solution de « dépannage » ? La Banque de dépannage linguistique (BDL). De la typographie à la ponctuation en passant par l’orthographe ou les abréviations, vous y trouverez des réponses à toutes vos questions.

Enfin, le Projet Voltaire vient de lancer une toute nouvelle app pour smartphone baptisée Orthosens. Elle ne répondra pas à vos questions précises mais propose de vous « relaxer avec l’orthographe ». Détendu(e) dans votre canapé, écouteurs dans les oreilles,
« Orthosens vous plonge dans une atmosphère de relaxation où 20 règles de grammaire se mêlent aux sons apaisants de la nature ».

Si avec tout cela vous faites encore des fautes d’orthographe…

Même l’orthographe est devenue un business…

write Voici quelques semaines, Les Points sur les i vous faisait une révélation : « L’orthographe rend fou ». Elle rend fou les patrons, qui peuvent rater des contrats à cause d’une faute, une toute petite faute, laissée dans un mail ou sur leur site web. Elle rend fou les employés, qui pourraient être licenciés pour cause de mauvaise orthographe ayant provoqué le mécontentement voire la perte d’un client. Elle rend fou les recruteurs, amenés de plus en plus à tester l’orthographe des candidats alors qu’eux-mêmes éprouvent des difficultés lorsqu’il s’agit d’accorder (ou pas) au féminin le nom d’une fonction à pourvoir.

Cette panique généralisée a tout logiquement généré une demande, et donc un marché. On ne compte plus les tests d’orthographe en ligne, les applications dédiées et, bien sûr, les coaches qui feront de vous (ou plus justement
« tenteront de faire de vous ») en quelques séances des virtuoses de l’orthographe ! Certaines sociétés en ont même fait leur principale activité, parfois par hasard. C’est le cas de Woonoz, un éditeur français de logiciels sans aucun lien avec l’orthographe ou la langue française. Alerté par le fait que de plus en plus de sociétés étaient aux prises avec l’orthographe, il a mis sur pied en 2008 un service d’entraînement à l’orthographe baptisé « Projet Voltaire ». Aujourd’hui, l’orthographe représente deux tiers de son chiffre
d’affaires : 2 millions d’euros en juillet 2013, soit 80 % de plus qu’un an plus tôt. Ce chiffre devrait encore croître de 50 % à la fin de l’exercice en cours.

Outre le service d’entraînement en ligne, le Projet Voltaire propose à tous de passer
le « Certificat Voltaire », un test de deux heures et demie, payant (59,90 euros), dans l’une de ses antennes régionales (en France et en Suisse), et qui atteste le niveau de maîtrise de la langue française par un score. Ce score peut ensuite être inscrit sur le C.V. pour le valoriser. En 2010, 1.000 personnes s’étaient inscrites au Certificat Voltaire. En 2013, elles étaient… 10.000 ! Deux cents entreprises font aussi confiance à Woonoz pour aider leurs employés à améliorer leur orthographe.

L’orthographe est devenue un business à la mode. Mais une question se pose : l’orthographe a-t-elle été définitivement bannie des programmes scolaires pour que l’on en arrive à un tel déclin du niveau général et au besoin de développer un « marché de l’orthographe » ? La vidéo de présentation du Projet Voltaire démarre par « Quand t’es nul en orthographe, c’est souvent depuis tout petit… » Sous-entendu les profs n’ont rien pu faire pour toi ? Heureusement le Projet Voltaire est là… Ou malheureusement, c’est selon.