Stop aux horreurs typographiques !

Love storyDécidément, on ne respecte plus rien. Et pour une fois, je ne vous parle pas d’orthographe ! Plutôt d’un autre cheval de bataille quotidien : les règles de typographie. Car si l’orthographe se perd, la typographie se meurt. Plus personne n’en a cure.

Qui sait encore ce qu’est une espace insécable (on dit « une espace », pas « un espace ») ? La différence entre les guillemets français et les guillemets anglais ? Comment écrire correctement les abréviations ? Quand l’emploi des italiques se justifie ? Qu’on ne peut accepter plus de trois lignes consécutives affectées d’une césure ? Plus grand monde…

Pourtant la typographie n’a pas été inventée pour les chiens ! L’objectif de la typographie est de faciliter la lecture tout en rendant l’impression harmonieuse au regard, et les règles ont été établies pour lever des ambiguïtés qui peuvent conduire à des contresens, et qui ralentissent la lecture.

Or avec l’avènement du numérique (en français correct on dit « numérique », pas
« digital »
), les règles typographiques ont été reléguées aux oubliettes. Voici deux jours encore, on m’a demandé d’ôter l’espace entre des nombres et le caractère % qui les suivait et de coller le glyphe € à son montant en chiffres. Le lendemain, un autre client me renvoyait mon document Word avec cette note en rouge, soulignée et surlignée :
« Remarque générale : en digital, pas d’espace avant ponctuation ( ?!; etc) ni entre montant et symbole € afin que la ponctuation par exemple ne passe pas seule à la ligne, mais toujours accompagnée du mot qui le précéde. » J’ai laissé les fautes de typographie, de langue et d’orthographe, c’était trop tentant.

Mais qui donc a décrété ces sornettes ? L’usage, sans doute. Il a souvent bon dos l’usage. Ou alors pire, la facilité ! Oui, c’est cela, la facilité. Car non, le numérique n’impose pas que l’on se moque des règles typographiques.

Les je-m’en-foutistes de la typographie n’ont pas beaucoup réfléchi pour remédier, par exemple, à leurs problèmes d’espaces insécables sur leurs blogs, sites web ou dans leurs lettres d’information. Un peu de recherche sur Internet et la solution apparaît pourtant, comme me l’a gentiment soufflé mon ami Philippe D., graphiste tout autant attaché que moi aux règles typographiques. Ainsi, quoi qu’on en dise, la norme Unicode n’est pas totalement fermée à la typographie. La preuve : Unicode définit le « NARROW NO-BREAK SPACE », utilisant l’entité numérique « &#8239 ». Cette espace étroite est insécable et peut être utilisée à la perfection comme espace fine insécable dans tout document HTML. Tout est expliqué sur le site du « Typographe futé ». CQFD !

Pour conclure, voici quelques règles typographiques souvent malmenées :

– « Monsieur » en abrégé s’écrit « M. » et non « Mr ». Quant à « Mademoiselle », c’est
« Mlle » et non « Melle » ;

– les nombres d’un numéro de téléphone sont séparés par une espace, pas par des points ;

– l’abréviation « km » ne prend pas de « K » majuscule ;

– « etc. » ne s’écrit jamais « etc… », cette abréviation se termine par un seul point, pas trois. Si elle clôture une phrase, on mettra par contre deux points : « etc.. » ;

– un titre n’est jamais suivi d’un point ;

– on écrit 1er puis 2e, 3e mais jamais 2ième, 3ième ;

– pour les heures, on bannit le « H » majuscule, on écrit 15 h 30, avec des espaces insécables ;

– on accole au texte qu’ils entourent les parenthèses, les crochets et les guillemets anglais mais pas les guillemets français ;

– on met une espace insécable avant et une espace après : les points d’exclamation, d’interrogation, les points-virgules, les deux-points, les tirets. Pour les guillemets français, les espaces insécables sont à l’intérieur des guillemets.

Vous trouverez davantage de règles typographiques dans cet article. Bonne lecture !

Ceci est un VRAI nouveau média belge scientifique

Crazy scientist. Young boy performing experimentsOn aurait pu croire à un poisson d’avril. Mais non. Un nouveau média belge quotidien de vulgarisation scientifique et de diffusion des connaissances a bien été lancé le 1er avril. Avouez qu’il y avait de quoi avoir des doutes. Autant que sur la venue des Daft Punk dans le taxi de Jérôme Colin. Car entendre et lire dans une même phrase un 1er avril cette suite de mots « nouveau », « média », « belge », « quotidien », « vulgarisation scientifique », « diffusion des connaissances », c’est un peu comme qui dirait… « inimaginable » voire « utopique ». Et quand en plus on vous annonce que « Daily Science », c’est son nom, est garanti zéro pub et entièrement gratuit, on a vraiment du mal à imaginer l’information sérieuse.

Et pourtant… Financé par des soutiens publics, académiques et le mécénat privé, ce « pure player » – « Daily Science » ne diffuse ses infos (articles, podcasts, vidéos) que de manière digitale –, est bien réel. Son ambition, partagée par son « scientifique en chef », l’ex-journaliste du quotidien « Le Soir » Christian Du Brulle : « Aider les lecteurs à mieux comprendre et apprécier la science d’aujourd’hui. Offrir l’accès le plus large possible à la connaissance, éveiller l’intérêt pour la science, la recherche et l’innovation, doper la visibilité des cerveaux à l’œuvre en Belgique, susciter un engouement pour les études et les métiers dans les multiples disciplines liées aux progrès des savoirs. »

Voilà qui n’est pas une mince affaire. Pas facile, en effet, d’intéresser un large public aux sciences dans leur ensemble. Mais toutefois pas impossible si l’on a un brin de créativité et que l’info est diffusée de manière attractive tant sur le fond que sur la forme. De ce côté là, il reste du chemin à faire, et les médias sociaux à investir… Mais « Daily Science » n’a que trois jours…

« Matière Grise », sur la RTBF, est la preuve qu’un média axé sur les sciences peut toucher le plus grand nombre sans pour autant tomber dans le travers soit de la télévision scolaire d’antan, soit de l’ultra spécialisé à l’image d’un « Science » ou d’un « Nature ». « Daily Science », nous lui souhaitons, pourrait connaître le même destin heureux.

Les Astérix et Obélix de la presse

OLYMPUS DIGITAL CAMERA Alors que les grands groupes de presse peinent à trouver un nouveau souffle, essaient de se dépatouiller dans l’ère numérique qui les absorbe peu à peu voire les pousse vers le déclin et la mort, quelques groupes d’irréductibles journalistes continuent à y croire et à se démener pour qu’une information différente et de qualité, et même de nouveaux journaux papier, voient le jour. Auraient-ils perdu la tête, seraient-ils fous par Toutatis ? Qui pourrait être assez inconscient pour les aider à monter de tels projets ? Vous, moi, nous. Des anonymes animés par l’espoir (la foi ?) qu’il est encore possible de pouvoir lire autre chose que des torchons (n’ayons pas peur des mots) inspirés par les tabloïds anglais (entre autres) et autres sites du genre Buzzfeed.

Ainsi aux Pays-Bas, le nouveau magazine numérique De Correspondent a rassemblé, accrochez-vous, 1,7 million de dollar en huit jours grâce au financement participatif ! Du jamais-vu pour un projet journalistique. La plate-forme, en ligne depuis trois mois, compte aujourd’hui 28.000 abonnés et livre quotidiennement des articles non pas sur l’actualité mais sur tout ce qui est actuel. La différence ? « L’actualité se produit aujourd’hui, alors que l’actuel se produit tous les jours, précise Rob Wijnberg, fondateur et rédacteur en chef, dans une interview (à lire absolument) accordée à Ragemag. Du coup, quand on veut comprendre le monde, et nos vies dans ce monde, on est systématiquement trompés par ce qui se passe aujourd’hui : l’actualité que l’on voit est l’exception à la règle. Nous ne traitons pas des exceptions, nous souhaitons traiter des règles. La promesse que nous avons faite à nos abonnés contenait deux choses. La première, c’était une plate-forme centrée sur ses auteurs. Les abonnés suivent des correspondants qui ont une expertise ou un savoir sur un sujet précis. La deuxième, c’est que ces correspondants ne vont pas écrire sur l’actualité, mais sur ce qu’ils pensent devoir faire figurer dans l’actualité. Parce que ce sont des experts, ils peuvent juger avec grande pertinence ce qui mérite d’être traité et ce qui ne mérite pas de l’être. »

En Suède, ce n’est pas l’option numérique qui est à la une pour les nouveaux médias (dans le sens premier du terme). Là bas, les Astérix et Obélix de la presse ne croient pas à la mort du journal papier. Le 13 janvier dernier, un nouveau quotidien a vu le jour : Dagens ETC. Le premier depuis… 30 ans ! Pour démarrer, le journal suédois a lui aussi misé sur le financement participatif et a récolté 700.000 euros. Et 5.000 abonnés. La publicité n’intervient qu’à hauteur de 10 % dans son financement. Indépendant mais clairement de gauche écologiste, Dagens ETC entend démontrer qu’il faut encore compter avec le papier. Le directeur de la rédaction, Johan Ehrenberg, a d’ailleurs précisé à la radio publique suédoise que « les grands quotidiens de droite se financent par la publicité. Il s’agirait de la « mort des annonces » et non pas de la « mort du journal papier » : Tant que nous faisons un journal pour lequel les lecteurs sont prêts à payer, nous n’avons rien à craindre. »

Espérons que cela suffira à jeter une bonne fois pour toutes aux oubliettes la prédiction (plutôt énervante) d’extinction du journal papier de Futureexploration.

L’exagérée fortune de l’« Air de Montcuq »

Air de Montcuq Si les mots ont un sens (parfois plusieurs), ils ont aussi un poids. Une fois prononcés ou écrits, ils peuvent être… lourds de sens. Très lourds parfois, à tel point qu’on finit par leur faire dire n’importe quoi, notamment pour doper l’audience.

Le syndrome touche particulièrement la presse. On y emploie de plus en plus les mots à tort et à travers (quand ce n’est pas à contre-sens !). Surtout dans la titraille. Après tout qu’importe tant que l’on attire le lecteur.

Ainsi pouvait-on lire dimanche dernier sur le site de l’hebdomadaire français « Le Point » : « Il fait fortune en vendant de ‘l’air de Montcuq’ ». « Il », c’est un étudiant originaire du village de Montcuq, dans le Lot, qui a eu l’audacieuse idée de commercialiser, en conserve, l’air du village rendu célèbre par un sketch de Daniel Prévost diffusé dans « Le Petit Rapporteur » au milieu des années 1970.

« Il fait fortune en vendant de ‘l’air de Montcuq’ », donc. Pas de doute, le journaliste va nous apprendre qu’Antoine Deblay, l’initiateur farceur, vient d’engranger son premier million ou, soyons plus raisonnables, ses premières centaines de milliers d’euros. Eh bien non : Antoine a récolté 780 euros sur une plate-forme de financement participatif en un mois et depuis la commercialisation de son produit en juin dernier il a réalisé un chiffre d’affaires de… 15.000 euros ! Tout au plus pourrait-on parler d’un « petit début » de fortune.

Si Antoine Deblay vend du vent, l’auteur de l’article du « Point » ne fait guère mieux. La différence ? Le premier semble le faire brillamment, le second piètrement.

La « Riposte » à la presse féminine…

Riposte Magazine Vous voulez savoir à quoi ressemble le nouveau look d’Eva Longoria, ou si le « nail art » aux couleurs de Noël est incontournable cette année ? Vous risquez d’être fort déçue par le nouveau magazine féminin « hype » ou, comme il se décrit lui-même, par le nouveau « magazine intelligent pour les femmes ».

Baptisé « Riposte », il se veut une réponse à la mièvrerie et à l’uniformisation qui règnent en maître dans la presse féminine actuelle. On ne peut pas vraiment donner tort à sa rédactrice en chef Danielle Pender. Ouvrez un « Elle », un « Cosmo », un « Marie-Claire », un « Vif-Weekend » ou un « Biba », et vous aurez la fâcheuse impression de lire et relire, encore et encore, les mêmes articles d’une édition à l’autre voire d’une année à l’autre ! L’overdose a assez duré ! « Il était temps de parler de femmes inspiratrices, audacieuses et intelligentes. Notre intelligence, c’est celle de l’audace, du courage, de la prise de risque et de l’anticonformisme » a déclaré la rédac’chef de Riposte au site Influencia.

Pas de doute, dans le monde malmené de la presse, il en fallait du courage pour lancer ce type de magazine. Biannuel, anglophone, son concept éditorial est simple : cinq idées, quatre interviews, trois portraits, deux essais et une icône. Anticonformiste, « Riposte » l’est aussi dans dans la forme : on est très loin des pages souvent surchargées des magazines féminins habituels. Ici, on respire, on donne de l’air, on laisse de l’espace au vide. Pas de pubs. Et aucune photo « photoshopée ».

Clairement ancré dans la nouvelle vague des mooks – ces publications hybrides à mi-chemin entre la revue et le livre – « Riposte » porte savamment son nom… Espérons qu’il remportera la bataille. Malheureusement, rien n’est moins sûr.

Et vous, pensez-vous qu’il existe une place pour ce type de « magazine intelligent pour les femmes » ?

Pour feuilleter « Riposte », c’est ici.

Marques et médias : qui est le Nestor de qui ?

Nestor Nestor Où s’arrêtera la collusion entre les médias et les marques ? La presse n’a-t-elle donc pas trouvé meilleure planche de salut que de jouer les Nestor ? Car si les marques développent aujourd’hui de véritables services de « conciergerie » à destination des médias, on peut se poser la question de savoir qui est réellement le domestique de qui !

Je m’explique. Lors des dernières Fashion Weeks d’automne, Tommy Hilfiger a mis sur pied une plateforme dont le but était de répondre en temps réel à toutes les demandes des journalistes : d’une simple photo d’un vêtement au renseignement sur un tissu en passant, tenez-vous bien, par une mise en scène personnalisée pour le média soucieux de se démarquer et d’offrir une « exclu » à ses lecteurs. Ainsi le couturier américain a-t-il posé le pouce levé aux côtés d’un de ses mannequins juste avant le défilé pour le site d’information Mashable. Une photo exclusive reçue quasi instantanément par le magazine en ligne qui a pu, à son tour, la poster (et faire l’apologie de la nouvelle conciergerie !).

Selon Tommy Hilfiger, ce service (qui monopolise 25 personnes capables de produire de l’info pour 90 pays dans huit langues !) est avant tout « de faciliter le travail préalable à tout article », peut-on lire sur le site Influencia. Les journalistes seraient-ils devenus incapables de chercher seuls l’information et de la restituer avec l’objectivité censée être la leur ? Et la marque de rétorquer qu’elle « permet à n’importe quel reporter du bout du monde ou ayant peu de moyens de pouvoir réaliser son sujet. »

Ce serait donc cela… La presse est à ce point moribonde qu’elle ne fait plus son travail et attend que les marques le fassent à sa place. Pour mieux passer les plats. J’exagère ? Alors comment interpréter cette autre justification de Tommy Hilfiger : « Nous cherchons surtout à stimuler des idées de sujets, à faire découvrir d’autres facettes de la marque plutôt qu’à donner du prêt à éditer ou à imposer un contenu. » Vraiment ?