Une somme maximum ? Non, un plafond !

Maximum… Voilà encore un mot qui nous pousse régulièrement à la faute. On a beau faire le maximum pour éviter les pièges de la langue française, on finit toujours par tomber dans le panneau. Et quand le latin vient jouer les trouble-fête, cela n’arrange rien. Vraiment rien.

Accorder le mot maximum au pluriel, déjà, n’est pas une sinécure. Faut-il simplement ajouter une « s » ou employer le pluriel latin maxima (sans « s », évidemment) ? Mieux vaut ne pas lancer le débat, sous peine d’y passer des jours… pour rien. Puisque, finalement, les deux formes sont admises. Le Larousse préférant toutefois le pluriel français des maximums, moins désuet. Mais où les choses se compliquent réellement, c’est lorsqu’on aborde le genre du mot maximum.

Car maximum peut être un nom (il a obtenu le maximum des points), une locution adverbiale (pousser le bouchon au maximum) et… un adjectif. Sauf que l’adjectif, s’il existe, tout le monde s’accorde à dire qu’il ne faut pas l’employer. Et lui préférer l’adjectif maximal. Je vous jure, je fais le maximum pour être claire. Un exemple sera plus parlant.

Ainsi, on ne roule pas à la vitesse maximum de 120 km/h. Enfin si, vous pouvez, mais seulement si vous dites « je roule à la vitesse maximale de 120 km/h ». De même, on n’écrira pas « l’arrêté royal entérine les nouveaux montants maximums des chèques-cadeaux », on préfèrera maximaux, le masculin pluriel de maximal. Sauf qu’à l’oreille, les montants maximaux, ce n’est pas très joli, vous en conviendrez. La solution ? Faites preuve de vocabulaire, dites « plafond » !

Pour conclure, évitez également le pléonasme au grand maximum ; le maximum est toujours le plus haut degré atteint par quelque chose. À bannir aussi à tout jamais : réduire au maximum ; on réduit au minimum ou on réduit le plus possible. C’est tout de même logique, non ?

Prête à partir mais pas près de revenir !

À la veille du congé d’automne, je ne pouvais plier bagage sans vous livrer une petite chronique orthographique. Alors que je réfléchissais à un sujet, j’ai fait un bond dans mon canapé lorsque la journaliste et présentatrice de l’émission « Devoir d’Enquête » sur La Une a conclu son émission du
25 octobre par une croquignolesque (le mot est à la mode) « Elle n’est pas prête (sic) de s’éteindre ! ».

Mon sujet était tout trouvé. Car Malika n’est pas la seule à confondre l’adjectif « prêt » (qui est préparé pour, disponible, disposé à…) et la préposition « près de » (être sur le point de). Nombreux sont ceux à se laisser piéger par ces diables d’homophones. La langue qui fourche, ça arrive à tout le monde. D’autant que ce qui est une faute aujourd’hui était admis au 17e siècle ! On en retrouve notamment un exemple chez La Fontaine.

Vous êtes prêt à ne plus faire la faute ? Grâce à cette petite astuce que vous n’êtes pas près d’oublier, vous pourrez peut-être un jour, qui sait, prendre la place de Malika…

Pour ne plus confondre « prêt » et « près », mettez le mot au féminin et faites-le suivre de la préposition « à ». Ca fonctionne ? Bingo, c’est l’adjectif « prêt » qu’il faut employer. Cet adjectif est quasi toujours suivi par « à ». Quant à « près », il est toujours suivi de la préposition « de », jamais « à », et il peut être remplacé par « sur le point de » ou indiquer une proximité spatiale.

Sur ce bon conseil, je suis prête à partir en vacances mais peut-être pas près de revenir, qui sait… 😉

« Aucuns » au pluriel ? Mais oui !

J’adore la langue française et son art toujours subtil de nous faire tourner en bourrique. Prenons le pronom indéfini « aucun ». En toute logique, s’il n’y en a aucun, c’est qu’il n’y en a pas. Résultat : « Aucun » ne s’accorde pas, pas plus, d’ailleurs, que le nom qui le suit. On écrira ainsi « aucun livre », « aucune maison ». Oui mais, ce serait vite oublier que nous parlons une langue qui aime nous mettre des bâtons dans les roues et nous pousser à la faute orthographique.

Car « aucun » est aussi un adjectif. Un adjectif qui s’accorde au féminin, jusque-là rien d’anormal, mais qui s’accorde aussi… au pluriel ! Oui, « aucun » peut s’orthographier
« aucuns » avec une « s » (pour rappel « s » est un nom féminin quand on prononce cette lettre « ès » et masculin quand on la prononce « se », quand je vous disais que le français nous fait tourner en bourrique !).

Mais alors, dans quel cas « aucun » prend-il une « s » ? C’est simple : quand il est suivi d’un nom qui n’existe qu’au pluriel ! Comme « appas », « gravats », « fiançailles », « frais », « ossements »… Et la liste de ces mots est bien plus longue qu’on le pense. Pire, beaucoup d’entre nous ignorent sans doute que certains ne s’emploient qu’au pluriel et les utilisent couramment au singulier. Des exemples ? « Archives », « vêpres », « fringues », « agissements »…

Pour toujours bien accorder « aucun », voici un petit cadeau : la liste des noms toujours au pluriel dont la plupart, avouons-le, ne font pas vraiment partie du vocabulaire courant…

Accordailles, affres, agissements, aguets, ambages, annales, appas, appointements, archives, armoiries, arrérages, arrhes, balayures, besicles, braies, brisées, calendes, complies, condoléances, confins, décombres, dépens, dommages-intérêts, écrouelles, entrailles, environs, épousailles, errements, êtres/aîtres, fèces, fiançailles, floralies, fonts, frais (monnaie), fringues, frusques, funérailles, gémonies, gravats, hardes, honoraires, ides, impedimenta / impédimenta, latrines, laudes, limbes (religion catholique), lombes, lupercales, mamours, mânes, matines, miscellanées, mœurs, obsèques, ossements, pandectes, pouilles, prémices, prolégomènes, relevailles, retrouvailles, rillettes, rillons, rogations, semailles, sévices, ténèbres, thermes, universaux, vêpres.

Postuler et pallier à : virez-moi ce « à » !

Il est des verbes, on ne sait trop pourquoi, qui appellent une préposition alors qu’en réalité, il n’en faut pas ! Postuler et pallier sont de ceux là.

Qui n’a jamais un jour dans sa vie prononcé des phrases comme « il a postulé à un emploi chez X » ou « je cherche à pallier à son manque d’enthousiasme » ? J’avoue, moi aussi, je l’ai fait. Bon, je devais avoir 8 ou 9 ans, et c’était sans doute dû à l’ignorance de mon entourage qui, lui aussi, « postuler à » ou « pallier à ». Brrr, j’en frissonne. Mais non, je rigole.

Car comment savoir qu’il faut bannir cette malencontreuse préposition si personne ne vous l’a jamais enseigné ? Comment ne pas tomber dans le piège de « l’usage » quand cet usage ne cesse de s’imposer au détriment de l’enseignement et de la connaissance ? Heureusement, je suis là pour vous sauver (c’est du second degré, hein !) et, en ce jour du Seigneur, vous apporter la bonne parole…

> On pallie quelque chose, on ne pallie PAS à quelque chose. Le verbe « pallier » est un verbe transitif direct, pas besoin, donc, de le faire suivre de la préposition « à ». Et puis, tant qu’à faire, rappelons aussi que le verbe « pallier » prend deux « l ». Alors que le palier de votre appartement n’en prend qu’un.

> On postule un emploi chez Grevisse, on ne postule PAS à un emploi chez Grevisse. De toute manière, si vous vous exprimez de la sorte lors de l’entretien, vous ne risquez pas d’avoir le job ! De nouveau, le verbe est transitif. Et si on ne flanque pas un « à » à la suite de « postuler », on ne lui associe pas non plus une autre préposition. Bref, si on ne postule pas « à », on ne postule pas davantage « pour » !
La langue française ne serait pas la langue française si « postuler » ne pouvait néanmoins être, aussi, un verbe intransitif. Mais dans un seul cas : lorsqu’il est utilisé au sens juridique du terme : « postuler devant une cour d’appel. »

Quoi qu’il en soit, postuler et pallier, même combat !

Pourquoi on dit grand-mère, pas grande-mère ?

grand-mere feminin Les chats ne font pas des chiens, c’est bien connu. Je n’ai pas engendré un chien ! Alors qu’il était tranquillement occupé à jouer une manche de Canasta (Bataille, c’est trop simple), mon charmant fiston de 8 ans lève la tête et lance tout de go : « Pourquoi on dit grand-mère et pas grande-mère ? C’est pas très logique, mère, c’est féminin ! » Euh… oui, en effet, pourquoi ?

Passé le moment de surprise, vous vous dites que vous avez beau jongler quotidiennement avec les mots, vous ne vous êtes jamais vraiment posé la question. Alors vous ramez, vous essayez de trouver une explication (forcément pas logique), vous retournez le problème dans tous les sens, vous vous demandez si le trait d’union est responsable, si ce fichu adjectif s’est transformé en adverbe, vous bredouillez et le jeune homme vous balance : « Si tu sais pas, t’as qu’à demander à Google ! »

J’ai donc demandé à Google et je suis tombée sur une explication très complète, et bien loin de ce que j’imaginais, donnée par un Druide qui aime les enquêtes linguistiques. Bref, un nouvel ami ! Alors pourquoi, finalement, dit-on « grand-mère », « grand-rue », « grand-voile », « grand-messe » ou encore « grand-peur » ?

Je cite : « L’adjectif français grand vient du latin grandis. La forme de cet adjectif latin était identique aux genres masculin et féminin. En ancien français, il n’y avait pas non plus de différence entre les formes masculine et féminine du mot. On disait par exemple un ome grant et une feme grant. La graphie qui s’est finalement imposée est grand, avec un d final. C’est au XVIe siècle que s’est généralisé l’ajout d’un e au féminin (grande). Cependant l’ancienne forme féminine grand a survécu dans certaines expressions figées ou lexicalisées, comme grand-mère. Ces expressions sont donc de formation ancienne et ne se sont conservées que dans un sens spécial qui ne se déduit pas simplement du sens de ses éléments : une grand-mère n’est pas une mère de grande taille. La présence du trait d’union renforce ce caractère spécial et lexicalisé. »

Quid du pluriel ?

Durant longtemps, ces mots s’écrivaient avec une apostrophe : grand’mère. On ne mettait donc pas de « s » au pluriel. Ce n’est qu’en 1932 que le « Dictionnaire de l’Académie » a remplacé l’apostrophe par un trait d’union et a accepté la marque du pluriel à « grand ». Mais comme le précise une fois de plus notre Druide, l’Académie a changé d’avis par la suite préconisant l’invariabilité – des grand-mères – en se justifiant ainsi : « Dans ces noms féminins composés, grand, ne s’accordant pas en genre, ne s’accorde pas non plus en nombre. » Et depuis, la question n’est toujours pas tranchée. Le Bon Usage justifiant : « Le pluriel grands est assez fréquent et doit être encouragé, l’invariabilité en genre n’impliquant pas l’invariabilité en nombre. »

Bref, si le féminin n’est pas permis, pour le pluriel, faites comme bon vous semble ! Sur ce, je retourne m’occuper de mon chaton.

Le SEO aura bientôt la peau de l’orthographe

SEO peau orthographe Il y a un peu plus d’un an et demi, je l’écrivais haut et fort « SEO, je te hais ! ». Mon sentiment envers le
« Search Engine Optimization » n’a pas changé. Je crois même que je le déteste encore un peu plus chaque jour. Notre cohabitation forcée – quand on écrit pour le Web, on ne peut plus vraiment faire chambre à part avec
M. SEO – me rend chèvre.

Car après avoir eu raison de la qualité stylistique d’un texte, voilà que ce cher SEO est en passe d’avoir la peau de l’orthographe. D’aucuns me diront qu’une fois de plus, j’en fais trop. Il n’empêche, la situation vécue cette semaine me laisse franchement penser le contraire…

« On enlève le ‘s’ à ‘salle de bains’ »

Au début, j’ai cru avoir mal lu : « J’ai retiré le S à bain car plus de recherches Google sans le S ». J’ai relu, trois fois je pense, le commentaire de ce client. Me demandait-il vraiment de commettre une faute d’orthographe au nom du sacro-saint Dieu Google ? Noooon, pas possible. Eh bien si ! Car oui, si vous introduisez le mot « salle de bains » dans le moteur de recherche, vous obtenez 69 millions d’occurrences ; si vous écrivez « salle de bain », le nombre grimpe à 73,9 millions. Bref, en faisant une faute d’orthographe, son texte aura davantage de chances d’être vu et (peut-être) lu. CQFD !

Mes conclusions ?

1. La majorité des gens ne savent pas orthographier correctement le mot « salle de bains ». Il paraîtrait que les deux orthographes sont acceptées. La nouvelle orthographe serait-elle passée par là ? Larousse ne renseigne toutefois que la version avec « s ». Le Robert serait plus permissif mais je n’ai pas pu vérifier, Robert ne fait pas partie de ma bibliothèque.

2. Les marques et entreprises se moquent de publier des articles avec des fautes. Pourtant, comme je l’ai déjà écrit, une entreprise dont les communications ou les courriels des employés seraient systématiquement remplis de fautes, verrait son image en pâtir. Pire, une seule faute d’orthographe ou de grammaire est capable de réduire de moitié les ventes d’un site, selon une étude britannique. Reste, vous me direz, que le risque n’est guère très élevé si les clients ne savent déjà pas écrire salle de bains sans faute…

3. Google a encore gagné !

Aujourd’hui c’est Twictée !

Twictee 2Aujourd’hui, je vous emmène pour un petit tour à l’école 2.0. Une école où l’on ne fait plus de dictées (enfin si, encore un peu tout de même) mais des twictées.

Cet article devait paraître en avril dans Slow Classes, le magazine « pour les parents, les enseignants et tous ceux qui veulent apprendre autrement ». Malheureusement, comme beaucoup de magazines, Slow Classes connaît quelques difficultés. Mais il n’a pas dit son dernier mot ! Il compte bien se remettre en question, évoluer et revenir prochainement sous une autre forme. On lui souhaite.

En attendant, on sort sa tablette parce qu’aujourd’hui c’est Twictée ! Pour lire l’article, cliquez dessus…

twictée

Photos : Yves Khordoc

Le difficile réveil du réveille-matin

cute little girl on morning. studio shot Voilà un petit temps que je n’ai plus publié sur ce blog. C’est fou comme le temps file lorsqu’on se laisse submerger par le quotidien. Mais bon, là, je me suis dit qu’il fallait que je me réveille, que je me secoue, que je reprenne mon bâton de pèlerin de la bonne orthographe.

Au départ, je n’avais pas de sujet précis. Je me suis dit que je ferais sonner le réveille-matin vers 5 heures et que l’on verrait bien. Tiens, le voilà mon sujet : le « réveille-matin » ! Je suis certaine que quelques-un(e)s ont été étonné(e)s dès la lecture du titre de ce billet. Elle est mal réveillée Miss Duelz ?
« Réveille-matin »… ça s’écrit « réveil-matin ». Mais non, ce serait vraiment trop facile ! Décidément, la langue française est bien subtile. Plus que les crétins qui ont mis leur réveille-matin mardi pour se faire exploser dès potron-minet. Merci pour ce difficile réveil…

« Réveille-matin » s’écrit donc avec deux « l », parce qu’il est en fait composé de
« réveiller » et de « matin ». Et au pluriel, « réveille-matin » continue à être singulier puisqu’il est invariable. Je vous l’accorde, il n’y a guère plus que moi pour utiliser ce mot désuet. Je suis et je reste de la vieille école… Cela dit, la nouvelle orthographe s’est aussi emparée du mot en 1990. « Réveille-matin » n’a pas perdu ses deux « l » pour autant, « matin » a juste gagné une « s »* au pluriel. Qui a dit que la nouvelle orthographe simplifiait
les choses ?

Et pour toutes celles et ceux qui ont des réveils difficiles et n’ont pas envie de se creuser la tête de bon matin avec des questions d’orthographe, laissez tomber le réveille-matin et préférez-lui le radio-réveil. Lui au moins, vous pouvez l’écrire en un ou deux mots et lui flanquer une « s » au pluriel dans tous les cas.

Bonne nuit… ou bonne journée !

*« S » est un nom féminin quand on prononce cette lettre « ès » et masculin quand on la prononce « se ».

Allô SOS Langage ?

Smiling redhead girl in red polka dot dress with green dial phone on yellow background. Quel ramdam autour de cette « nouvelle » réforme de l’orthographe qui date en fait de 1990, appliquée en Belgique depuis la rentrée scolaire 2008, et que tout le monde semblait avoir oubliée jusqu’à ce qu’une vidéo du site TF1.fr vienne voici deux jours, ô malheur, nous annoncer erronément la disparition pure et simple de l’accent circonflexe. Jamais ce
« chapeau chinois », les « ognons » et les « nénufars » n’ont eu autant de succès dans la presse et sur la Toile !

Si la simplification est à l’origine de cette réforme, rappelez-vous que cette dernière n’est nullement contraignante. Libre à vous de continuer à écrire « oignon », « nénuphar » et de mettre un accent circonflexe sur le « i » de « disparaître », puisque non et définitivement non, il ne disparaît pas !

Et si l’orthographe vous rend fou (ou folle), sachez qu’outre le dictionnaire, le « Bon
usage » et le « Bescherelle », il existe pour les plus paresseux (ou les plus pressés) un service téléphonique gratuit d’assistance linguistique. A côté de SOS Suicide, il y a en effet SOS Langage ! Le second vous évitera peut-être d’appeler le premier. Hum…

Il suffit de composer le 02 219 49 33, du lundi au vendredi, de 9 h à 12 h et de 14 h à
17 h. Vous pouvez également poser votre question orthographique ou grammaticale par l’intermédiaire d’un formulaire en ligne. Vous recevez une réponse instantanément, sauf pour les questions un peu plus ardues. Dans ce cas, on vous rappelle. Le service existe depuis 1993. Je ne sui pas sûre, pourtant, que vous soyez nombreux à le connaître.

Autre solution de « dépannage » ? La Banque de dépannage linguistique (BDL). De la typographie à la ponctuation en passant par l’orthographe ou les abréviations, vous y trouverez des réponses à toutes vos questions.

Enfin, le Projet Voltaire vient de lancer une toute nouvelle app pour smartphone baptisée Orthosens. Elle ne répondra pas à vos questions précises mais propose de vous « relaxer avec l’orthographe ». Détendu(e) dans votre canapé, écouteurs dans les oreilles,
« Orthosens vous plonge dans une atmosphère de relaxation où 20 règles de grammaire se mêlent aux sons apaisants de la nature ».

Si avec tout cela vous faites encore des fautes d’orthographe…

Je n’ai pas fait « bonne chair » !

A conceptual photo of self-confident pin-up girl in bikini holding big piece of meat. C’est normal puisque j’ai avalé de travers en lisant dernièrement un article dans un magazine dont je tairai le nom. La raison est simple. On ne fait pas « bonne chair » mais « bonne chère ». La chair n’a tout bonnement rien à voir dans l’expression « faire bonne chère ». Bon, avouons, écrire
« faire bonne chère » plutôt que « faire bonne chair » est un peu déroutant lorsqu’on parle de nourriture (sauf peut-être pour les végétariens…). Mais ce n’est pas parce qu’on aime se régaler, que l’on doit négliger son orthographe !

La raison de la méprise est à chercher du côté du latin (dire que beaucoup rêvent de le voir disparaître des programmes scolaires…) et de l’origine de l’expression. Le mot
« chère » vient en réalité du latin « cara », le visage. Au 12e siècle, l’expression « faire bonne chère/bona cara » signifiait « faire un bon visage » et par extension « faire bon accueil ». Mais l’on faisait déjà aussi bonne mine devant une viande bien en chair !

Néanmoins, c’est surtout au 15e siècle que « faire bonne chère » fut réellement associé au bien-manger. La guerre de Cent Ans n’y est pas étrangère. Après tout, offrir un bon repas, c’est aussi faire bon accueil à ses convives…

Et puisque l’on en est à parler de chair et de chère, précisons aussi qu’il ne faut pas confondre chair et chaire ! Même si certains évêques aiment les plaisirs de la chair (hum…), ils en font rarement écho lorsqu’ils sont assis sur leur chaire à l’église. Quant aux professeurs d’université, je n’en ai pas encore rencontré un seul qui a une chaire d’histoire de la chair. Mais qui sait…

Cher lecteur, toi qui aimes la chair et faire bonne chère, te voilà gavé pour la journée !