Une alternative, pas deux ni trois ni quatre !

alternative choix Pourquoi un mot, à un moment donné de sa « vie », est-il détourné de son sens premier ? Par quelle « magie » la majorité d’entre nous finit par l’utiliser à mauvais
escient ? Quelle est l’origine de cette « manipulation des mots » ? Autant de questions qui ont germé dans mon esprit à la lecture d’un simple titre d’article dans un magazine le week-end dernier : « Les nouvelles alternatives ».

Vous voyez où je veux en venir ? Non ? C’est que vous avez été colonisé, que vous avez subi la pression de la conformité. Sans vous en rendre compte, vous vous êtes laissé imposer votre vocabulaire, le sens erroné du mot « alternative ». Vous ne comprenez toujours rien à ma réflexion pseudo-philosophique à 2 euros ? Je vous explique.

« Alternative », dans le cas du titre précité et dans bien d’autres exemples dans les médias ou nos conversations de tous les jours, est employé dans le sens d’une possibilité, d’une option, d’une solution de rechange. Or, une alternative, ce n’est pas ça ! Une alternative est « un choix entre deux possibilités », précise Le Petit Larousse. L’alternative implique de facto l’existence de deux éventualités. Bref, dire « Vous avez le choix entre deux alternatives », « Les nouvelles alternatives » ou encore « Nos alternatives pour se passer de grignoter », ce n’est pas correct. Les moins pointilleux diront que c’est
« impropre ».

Par contre, et juste pour le plaisir d’embrouiller les esprits (je sais, ce n’est pas gentil), on peut dire « Des alternatives de pluie et de neige ». Dans ce cas, l’alternative désigne une succession de deux états différents revenant tour à tour, et n’a rien à voir avec un choix.

On fait une petite récap’ ?

On dit « Une solution de remplacement », on ne dit pas « Une solution alternative »
On dit « Y a-t-il une autre possibilité ? », on ne dit pas « Y a-t-il une autre alternative »
On dit « Il n’y a pas d’autre plan », on ne dit pas « Il n’y a pas de plan alternatif »

« Alternative » n’est que l’un des nombreux mots que nous utilisons de façon incorrecte. Qui pourra m’en citer d’autres ?

Les mots aussi ont leurs élections

hands holding pieces of a puzzle with copy space Un vent d’élections souffle sur la Belgique. Depuis quelques semaines, les noms d’oiseaux volent, les petites phrases assassinent, les mots fusent (parfois un peu trop vite). Une vraie cacophonie électorale. A tel point qu’on finit par ne plus les écouter, ces politiques volubiles. Et à se tourner vers une élection aux enjeux sans doute moins importants mais pourtant ô combien révélatrice de l’état de notre société : l’élection du mot de l’année.

Car oui, les mots aussi ont leurs élections. En novembre dernier, le très prestigieux Oxford English Dictionary consacrait « selfie » mot de l’année 2013. En France, les candidats au titre 2014 sont moins « trendy », quoique c’est une façon de voir les choses…

Sur la liste électorale, ils sont « 12 mots emblématiques de l’année collectés au fil des mois. (…) L’inondation lexicale que canalisent à grand-peine les médias, le discours politique et les bavardages ambiants fournit un matériel hétéroclite et abondant », assure Alain Rey, président honoraire du Festival du Mot, au quotidien « Le Monde ». Comme quoi, même dans l’élection du mot de l’année, les politiques ne peuvent s’empêcher, même involontairement, de venir mettre… leur langue.

Alors qui d’« abstention », « crispation », « détresse », « emploi », « famille », « impatience », « matraquage », « pacte », « sanction », « transition énergétique », « vapoter » ou le déjà consacré « selfie » remportera les suffrages ? A moins que ce ne soit « connecté », le candidat suppléant choisi par des étudiants, qui coiffe tout le monde au soir du comptage. Le bureau de vote en ligne est ouvert. Verdict le 23 mai.

Et vous, quel serait votre mot de l’année ? Au soir du 25 mai, « sanction » rivalisera peut-être avec « abstention » à moins que ce ne soit avec « crispation »…

Les mots n’ont pas de sexe, ils ont un genre !

Les mots ont un sexeEn 1989, la linguiste Marina Yaguello publiait « Le sexe des mots ». Voilà que son livre est réédité 25 ans plus tard à une petite différence près. Le titre n’est plus « Le sexe des mots » mais « Les mots ont un sexe ». Cherchez la différence… Selon l’auteure (n’oublions pas d’ajouter le « e » de la forme féminine), l’édition ayant été considérablement enrichie et remaniée et beaucoup de choses ayant changé sur ce « terrain », le titre devait être modifié.

Reste qu’en 25 ans, les mots n’ont toujours pas de sexe mais bien un genre. Un genre grammatical, tout à fait arbitraire et qui ne reflète en rien la réalité de la nature. Et Marina Yaguello est parfaitement d’accord. Elle n’a pas dit autre chose dans une interview accordée à Yvan Amar dans son émission « La Danse des mots » sur RFI. Mais alors pourquoi avoir utilisé, de manière erronée donc, le mot « sexe » dans le titre ? Bingo ! Pour une question de marketing. C’est sûr qu’un ouvrage intitulé « Les mots ont un sexe » a plus de chances d’être vendu à plusieurs milliers d’exemplaires (même en réédition) que celui intitulé « Les mots ont un genre » ou
« Le genre des mots ». Le sexe fait toujours recette alors que la grammaire ne passionne plus les foules depuis longtemps !

Cela dit, il y aura toujours bien un ou une féministe pour animer le débat, confondre sexe et genre, s’offusquer qu’en langue française le masculin l’emporte sur le féminin et y voir une domination de l’homme sur la femme. Confusion tragique qui donne beaucoup de pouvoir aux grammairiens alors que la grammaire et l’orthographe sont en désuétude et ne commandent presque plus personne, comme l’écrivait si bien Aurélien Péréol dans une chronique sur le site du journal « Le Monde » en 2011.

Mais revenons au livre de Marina Yaguello. Qui vaut toutefois la peine d’être lu. Ne serait-ce que pour apprendre pourquoi « marmotte » n’est pas le féminin de « marmot »,
qu’« orateur » ou « gourmet » n’ont pas de féminin, que « panthère » en argot signifie
« putain », que les mots dépréciatifs en « ouille » ou en « aille » comme « canaille » et
« fripouille » sont en majorité féminins ou encore pourquoi « fine mouche » n’est réservé qu’aux femmes. Voire encore pour enrichir son vocabulaire et apprendre, entre autres, ce que signifie « épicène ». Epi-quoi ? Epicène ! Les noms du genre épicène sont des mots qui n’ont pas besoin d’une marque de féminin pour passer d’un genre à un autre. Comme « maire » ou « psychologue ». Vous n’aurez pas lu ce billet pour rien !

Marina Yaguello, Les mots ont un sexe. Pourquoi « marmotte » n’est pas le féminin de
« marmot » et autres curiosités de genre
, Seuil, coll.Points, 2014.