« Médias, arrêtez le massacre ! »

Arretez_Le_Massacre_site_large « Langue française, arrêtez le massacre ! » Personnellement, je dirais « Médias, arrêtez le
massacre ! ». Arrêtez de massacrer vos sujets, de publier le même article que la rédaction d’à côté.
Mot pour mot.

C’est vrai que recopier purement et simplement le communiqué de presse ou la dépêche de l’AFP ou de Belga, c’est la garantie d’une mise en ligne rapide de l’information. Publier deux heures plus tard que les concurrents ou, pire, le lendemain, vous n’y pensez
pas ! Mieux vaut donc abreuver le bon peuple d’une information standardisée. La même infographie, les mêmes chiffres, les mêmes exemples, le même texte ! Réfléchir à un angle, lire le bouquin, proposer une analyse, cela prend trop de temps. Surtout pour un article à publier sur le site web. Après cela, les spécialistes du référencement voudraient me faire croire que Google « punit » les sites qui plagient. A ce rythme-là, tous les médias se retrouveront bientôt au fin fond des résultats de recherche… ce qui m’étonnerait.

Cela dit, le phénomène du « recopiage » n’est pas nouveau, me direz-vous. C’est vrai, mais il a un peu trop tendance à se propager, y compris à ce que l’on pouvait encore appeler il y a peu les médias de qualité. Pour la sortie de l’ouvrage du grammairien Jean Maillet, « Langue française, arrêtez le massacre ! », tous nous servent le même papier, du
« Nouvel Obs » au « Point » en passant par TV5 Monde, « L’Express », « Influencia » ou, chez nous, 7 sur 7. Cliquez sur les liens, vous verrez, c’est édifiant.

Vous voulez de l’analyse, aller un peu plus loin que le communiqué ou la dépêche, arrêtez de lire des journaux ou de surfer sur les sites des médias en ligne et tournez-vous plutôt vers la radio. Là, au moins, on peut encore espérer, de temps en temps, apprendre réellement quelque chose. A propos, pour les amateurs de langue française, de bons mots et d’analyse, voici le lien pour écouter l’interview de Jean Maillet sur RTL France.

Jean Maillet, « Langue française, arrêtez le massacre ! », Editions de l’Opportun, 2014.

Ceci est un VRAI nouveau média belge scientifique

Crazy scientist. Young boy performing experimentsOn aurait pu croire à un poisson d’avril. Mais non. Un nouveau média belge quotidien de vulgarisation scientifique et de diffusion des connaissances a bien été lancé le 1er avril. Avouez qu’il y avait de quoi avoir des doutes. Autant que sur la venue des Daft Punk dans le taxi de Jérôme Colin. Car entendre et lire dans une même phrase un 1er avril cette suite de mots « nouveau », « média », « belge », « quotidien », « vulgarisation scientifique », « diffusion des connaissances », c’est un peu comme qui dirait… « inimaginable » voire « utopique ». Et quand en plus on vous annonce que « Daily Science », c’est son nom, est garanti zéro pub et entièrement gratuit, on a vraiment du mal à imaginer l’information sérieuse.

Et pourtant… Financé par des soutiens publics, académiques et le mécénat privé, ce « pure player » – « Daily Science » ne diffuse ses infos (articles, podcasts, vidéos) que de manière digitale –, est bien réel. Son ambition, partagée par son « scientifique en chef », l’ex-journaliste du quotidien « Le Soir » Christian Du Brulle : « Aider les lecteurs à mieux comprendre et apprécier la science d’aujourd’hui. Offrir l’accès le plus large possible à la connaissance, éveiller l’intérêt pour la science, la recherche et l’innovation, doper la visibilité des cerveaux à l’œuvre en Belgique, susciter un engouement pour les études et les métiers dans les multiples disciplines liées aux progrès des savoirs. »

Voilà qui n’est pas une mince affaire. Pas facile, en effet, d’intéresser un large public aux sciences dans leur ensemble. Mais toutefois pas impossible si l’on a un brin de créativité et que l’info est diffusée de manière attractive tant sur le fond que sur la forme. De ce côté là, il reste du chemin à faire, et les médias sociaux à investir… Mais « Daily Science » n’a que trois jours…

« Matière Grise », sur la RTBF, est la preuve qu’un média axé sur les sciences peut toucher le plus grand nombre sans pour autant tomber dans le travers soit de la télévision scolaire d’antan, soit de l’ultra spécialisé à l’image d’un « Science » ou d’un « Nature ». « Daily Science », nous lui souhaitons, pourrait connaître le même destin heureux.

La « Riposte » à la presse féminine…

Riposte Magazine Vous voulez savoir à quoi ressemble le nouveau look d’Eva Longoria, ou si le « nail art » aux couleurs de Noël est incontournable cette année ? Vous risquez d’être fort déçue par le nouveau magazine féminin « hype » ou, comme il se décrit lui-même, par le nouveau « magazine intelligent pour les femmes ».

Baptisé « Riposte », il se veut une réponse à la mièvrerie et à l’uniformisation qui règnent en maître dans la presse féminine actuelle. On ne peut pas vraiment donner tort à sa rédactrice en chef Danielle Pender. Ouvrez un « Elle », un « Cosmo », un « Marie-Claire », un « Vif-Weekend » ou un « Biba », et vous aurez la fâcheuse impression de lire et relire, encore et encore, les mêmes articles d’une édition à l’autre voire d’une année à l’autre ! L’overdose a assez duré ! « Il était temps de parler de femmes inspiratrices, audacieuses et intelligentes. Notre intelligence, c’est celle de l’audace, du courage, de la prise de risque et de l’anticonformisme » a déclaré la rédac’chef de Riposte au site Influencia.

Pas de doute, dans le monde malmené de la presse, il en fallait du courage pour lancer ce type de magazine. Biannuel, anglophone, son concept éditorial est simple : cinq idées, quatre interviews, trois portraits, deux essais et une icône. Anticonformiste, « Riposte » l’est aussi dans dans la forme : on est très loin des pages souvent surchargées des magazines féminins habituels. Ici, on respire, on donne de l’air, on laisse de l’espace au vide. Pas de pubs. Et aucune photo « photoshopée ».

Clairement ancré dans la nouvelle vague des mooks – ces publications hybrides à mi-chemin entre la revue et le livre – « Riposte » porte savamment son nom… Espérons qu’il remportera la bataille. Malheureusement, rien n’est moins sûr.

Et vous, pensez-vous qu’il existe une place pour ce type de « magazine intelligent pour les femmes » ?

Pour feuilleter « Riposte », c’est ici.

Marques et médias : qui est le Nestor de qui ?

Nestor Nestor Où s’arrêtera la collusion entre les médias et les marques ? La presse n’a-t-elle donc pas trouvé meilleure planche de salut que de jouer les Nestor ? Car si les marques développent aujourd’hui de véritables services de « conciergerie » à destination des médias, on peut se poser la question de savoir qui est réellement le domestique de qui !

Je m’explique. Lors des dernières Fashion Weeks d’automne, Tommy Hilfiger a mis sur pied une plateforme dont le but était de répondre en temps réel à toutes les demandes des journalistes : d’une simple photo d’un vêtement au renseignement sur un tissu en passant, tenez-vous bien, par une mise en scène personnalisée pour le média soucieux de se démarquer et d’offrir une « exclu » à ses lecteurs. Ainsi le couturier américain a-t-il posé le pouce levé aux côtés d’un de ses mannequins juste avant le défilé pour le site d’information Mashable. Une photo exclusive reçue quasi instantanément par le magazine en ligne qui a pu, à son tour, la poster (et faire l’apologie de la nouvelle conciergerie !).

Selon Tommy Hilfiger, ce service (qui monopolise 25 personnes capables de produire de l’info pour 90 pays dans huit langues !) est avant tout « de faciliter le travail préalable à tout article », peut-on lire sur le site Influencia. Les journalistes seraient-ils devenus incapables de chercher seuls l’information et de la restituer avec l’objectivité censée être la leur ? Et la marque de rétorquer qu’elle « permet à n’importe quel reporter du bout du monde ou ayant peu de moyens de pouvoir réaliser son sujet. »

Ce serait donc cela… La presse est à ce point moribonde qu’elle ne fait plus son travail et attend que les marques le fassent à sa place. Pour mieux passer les plats. J’exagère ? Alors comment interpréter cette autre justification de Tommy Hilfiger : « Nous cherchons surtout à stimuler des idées de sujets, à faire découvrir d’autres facettes de la marque plutôt qu’à donner du prêt à éditer ou à imposer un contenu. » Vraiment ?