Une somme maximum ? Non, un plafond !

Maximum… Voilà encore un mot qui nous pousse régulièrement à la faute. On a beau faire le maximum pour éviter les pièges de la langue française, on finit toujours par tomber dans le panneau. Et quand le latin vient jouer les trouble-fête, cela n’arrange rien. Vraiment rien.

Accorder le mot maximum au pluriel, déjà, n’est pas une sinécure. Faut-il simplement ajouter une « s » ou employer le pluriel latin maxima (sans « s », évidemment) ? Mieux vaut ne pas lancer le débat, sous peine d’y passer des jours… pour rien. Puisque, finalement, les deux formes sont admises. Le Larousse préférant toutefois le pluriel français des maximums, moins désuet. Mais où les choses se compliquent réellement, c’est lorsqu’on aborde le genre du mot maximum.

Car maximum peut être un nom (il a obtenu le maximum des points), une locution adverbiale (pousser le bouchon au maximum) et… un adjectif. Sauf que l’adjectif, s’il existe, tout le monde s’accorde à dire qu’il ne faut pas l’employer. Et lui préférer l’adjectif maximal. Je vous jure, je fais le maximum pour être claire. Un exemple sera plus parlant.

Ainsi, on ne roule pas à la vitesse maximum de 120 km/h. Enfin si, vous pouvez, mais seulement si vous dites « je roule à la vitesse maximale de 120 km/h ». De même, on n’écrira pas « l’arrêté royal entérine les nouveaux montants maximums des chèques-cadeaux », on préfèrera maximaux, le masculin pluriel de maximal. Sauf qu’à l’oreille, les montants maximaux, ce n’est pas très joli, vous en conviendrez. La solution ? Faites preuve de vocabulaire, dites « plafond » !

Pour conclure, évitez également le pléonasme au grand maximum ; le maximum est toujours le plus haut degré atteint par quelque chose. À bannir aussi à tout jamais : réduire au maximum ; on réduit au minimum ou on réduit le plus possible. C’est tout de même logique, non ?

« Autant pour moi », Jean !

Magasin des suicides Un accident de transat, voilà ce que j’ai évité de justesse cet été. Tranquillement allongée, je déguste (le mot n’est pas trop faible) « Le magasin des suicides » de Jean Teulé. Jusqu’à ce que j’arrive à la page 78 (de l’édition Pocket) où, subitement, j’ai bien failli tomber de ma chaise longue.

« Le Magasin des suicides » serait-il un suicide
littéraire ? Ou plutôt devrais-je écrire un « suicide orthographique ». Jean Teulé a écrit « Autant pour moi ». S’il avait oublié une marque de pluriel ou le redoublement d’une consonne, on aurait mis cela sur le compte de l’inattention (la sienne et celle du correcteur de la maison d’édition). Après tout, cela arrive à tout le monde. Mais écrire « Autant pour moi »…

Alors je vous l’accorde, comme il existe une guerre entre les partisans d’une chips et d’un chips, il en existe aussi une entre les adeptes du « au temps pour moi » et les pratiquants du « autant pour moi ». Et lorsqu’on parle de guerre, on ne croit pas si bien dire.

En effet, « au temps pour moi » est une expression militaire. Le Grand Dictionnaire Larousse des difficultés et pièges de la langue française explique : « Le commandement “au temps” indique (dans les exercices militaires, en gymnastique, en escrime, etc.) un retour au mouvement (temps) précédent. Au figuré, au temps pour moi, se dit pour reconnaître qu’on s’est trompé et qu’on est prêt à revenir au point de départ pour reconsidérer les choses. » Et d’ajouter, c’est là que cela devient intéressant dans la guerre qui nous occupe et dans ce qui aurait pu me coûter quelques ecchymoses voire une luxation de l’épaule : « Il est plus correct d’écrire “au temps pour moi !” plutôt que “autant pour moi !” même si l’usage a de plus en plus tendance à oublier l’origine militaire de cette expression. »

L’usage… voilà bien un argument qui a le don de me hérisser le poil. Puisque tout le monde écrit n’importe quoi n’importe comment, eh bien engageons-nous dans la bêtise ! Fini les règles orthographiques. Fini les règles tout court. Tuons notre voisin si c’est devenu monnaie courante. Et comme l’écrivait Jean Teulé, encore lui, « Mangez-le si vous voulez »

« Autant pour moi », Jean !

Un chips ou une chips ? Le débat fait rage

woman with chips S’il est un mot qui fait débat à l’apéro, c’est bien le mot « chips ». Masculin, féminin, pluriel ? Personne n’est jamais d’accord jusqu’à ce que l’on sorte le dictionnaire (cas vécu plus d’une fois) pour prouver à tout le monde que oui, « chips » est bel et bien féminin !

Cela dit, même après avoir ouvert Robert, certains campent sur leurs positions. « Je ne vois pas pourquoi on devrait dire une chips car après tout, c’est ‘un’ pétale de pomme de terre ». Autre justification saugrenue : « Qui mange un ou une chips ? Personne ! C’est une poignée voire le paquet, donc le pluriel l’emporte ! File-moi les chips ! »

Les antiféministes de la chips ne s’arrêtent pas là : « ‘Chip’ est un mot d’origine anglaise, et en anglais, il n’y a ni masculin ni féminin. Chips est asexué. » Sauf que l’on donne généralement aux mots étrangers le genre des noms français auxquels ils correspondent. Nos voisins français et nos cousins canadiens utilisent le féminin, comme Robert.

Dernièrement, un ami sachant mon attachement au féminin du mot « chips » a débarqué tout guilleret, Wikipédia ouvert à la page « Chips » sur son smartphone. « Robert et Larousse ont retourné leur veste ! Dans l’édition du Larousse de 1959 et du Robert de 1972, ‘chips’ était un nom masculin pluriel ! Tu vois que ta chips n’a rien de féminin ! C’est vrai puisque c’est Wikipédia qui le dit… » Si Wikipédia était si infaillible, cela se saurait… Mais bon, accordons à cet ami et à Wikipédia le bénéfice du doute. Je serai ravie d’offrir un kilo de chips, à défaut d’un kilo de fraises ou de cerises, à celui ou celle qui m’enverra une copie des pages des deux éditions précitées attestant du masculin pluriel de chips. Et je suis tout aussi curieuse de connaître l’année où Robert et Larousse « ont (définitivement) retourné leur veste ».

En attendant, la question ne se pose plus : je viens de terminer le dernier pétale du paquet.