Postuler et pallier à : virez-moi ce « à » !

Il est des verbes, on ne sait trop pourquoi, qui appellent une préposition alors qu’en réalité, il n’en faut pas ! Postuler et pallier sont de ceux là.

Qui n’a jamais un jour dans sa vie prononcé des phrases comme « il a postulé à un emploi chez X » ou « je cherche à pallier à son manque d’enthousiasme » ? J’avoue, moi aussi, je l’ai fait. Bon, je devais avoir 8 ou 9 ans, et c’était sans doute dû à l’ignorance de mon entourage qui, lui aussi, « postuler à » ou « pallier à ». Brrr, j’en frissonne. Mais non, je rigole.

Car comment savoir qu’il faut bannir cette malencontreuse préposition si personne ne vous l’a jamais enseigné ? Comment ne pas tomber dans le piège de « l’usage » quand cet usage ne cesse de s’imposer au détriment de l’enseignement et de la connaissance ? Heureusement, je suis là pour vous sauver (c’est du second degré, hein !) et, en ce jour du Seigneur, vous apporter la bonne parole…

> On pallie quelque chose, on ne pallie PAS à quelque chose. Le verbe « pallier » est un verbe transitif direct, pas besoin, donc, de le faire suivre de la préposition « à ». Et puis, tant qu’à faire, rappelons aussi que le verbe « pallier » prend deux « l ». Alors que le palier de votre appartement n’en prend qu’un.

> On postule un emploi chez Grevisse, on ne postule PAS à un emploi chez Grevisse. De toute manière, si vous vous exprimez de la sorte lors de l’entretien, vous ne risquez pas d’avoir le job ! De nouveau, le verbe est transitif. Et si on ne flanque pas un « à » à la suite de « postuler », on ne lui associe pas non plus une autre préposition. Bref, si on ne postule pas « à », on ne postule pas davantage « pour » !
La langue française ne serait pas la langue française si « postuler » ne pouvait néanmoins être, aussi, un verbe intransitif. Mais dans un seul cas : lorsqu’il est utilisé au sens juridique du terme : « postuler devant une cour d’appel. »

Quoi qu’il en soit, postuler et pallier, même combat !

Le difficile réveil du réveille-matin

cute little girl on morning. studio shot Voilà un petit temps que je n’ai plus publié sur ce blog. C’est fou comme le temps file lorsqu’on se laisse submerger par le quotidien. Mais bon, là, je me suis dit qu’il fallait que je me réveille, que je me secoue, que je reprenne mon bâton de pèlerin de la bonne orthographe.

Au départ, je n’avais pas de sujet précis. Je me suis dit que je ferais sonner le réveille-matin vers 5 heures et que l’on verrait bien. Tiens, le voilà mon sujet : le « réveille-matin » ! Je suis certaine que quelques-un(e)s ont été étonné(e)s dès la lecture du titre de ce billet. Elle est mal réveillée Miss Duelz ?
« Réveille-matin »… ça s’écrit « réveil-matin ». Mais non, ce serait vraiment trop facile ! Décidément, la langue française est bien subtile. Plus que les crétins qui ont mis leur réveille-matin mardi pour se faire exploser dès potron-minet. Merci pour ce difficile réveil…

« Réveille-matin » s’écrit donc avec deux « l », parce qu’il est en fait composé de
« réveiller » et de « matin ». Et au pluriel, « réveille-matin » continue à être singulier puisqu’il est invariable. Je vous l’accorde, il n’y a guère plus que moi pour utiliser ce mot désuet. Je suis et je reste de la vieille école… Cela dit, la nouvelle orthographe s’est aussi emparée du mot en 1990. « Réveille-matin » n’a pas perdu ses deux « l » pour autant, « matin » a juste gagné une « s »* au pluriel. Qui a dit que la nouvelle orthographe simplifiait
les choses ?

Et pour toutes celles et ceux qui ont des réveils difficiles et n’ont pas envie de se creuser la tête de bon matin avec des questions d’orthographe, laissez tomber le réveille-matin et préférez-lui le radio-réveil. Lui au moins, vous pouvez l’écrire en un ou deux mots et lui flanquer une « s » au pluriel dans tous les cas.

Bonne nuit… ou bonne journée !

*« S » est un nom féminin quand on prononce cette lettre « ès » et masculin quand on la prononce « se ».

2 jeux à demander absolument à saint Nicolas

Plus que deux fois dormir et saint Nicolas déposera les joujoux dans les souliers placés devant les cheminées. Il n’est pas encore trop tard pour lui suggérer de mettre dans sa hotte l’un ou l’autre jeu amusant et intelligent pour les petits et les plus grands. Comme par exemple mes deux coups de cœur de l’année, basés évidemment sur l’orthographe et l’utilisation de la langue française…

comment-j-ai-adopte-un-gnou « Comment j’ai adopté un gnou », Editions Le Droit de perdre, 15 €

« Du pur délire pour les adultes ! Un super outil d’expression pour les enfants », peut-on lire sur la boîte. Et c’est tout à fait vrai ! Ce jeu de dés va vous permettre de raconter des histoires. Complètement folles, hilarantes, surprenantes, détonantes.

Le principe du jeu ? Vous lancez deux dés numérotés. La combinaison vous donne le numéro du thème de votre futur récit ; 120 sont proposés comme « Mon GPS se moque de moi », « Je lis l’avenir dans la purée de pomme de terre », « J’ai sauvé la planète mais personne ne le sait »,
« Un jour, j’ai mangé 23 œufs durs ! »… Puis, vous lancez les six dés colorés, du plus clair au plus foncé. Sur chacune des faces des dés sont écrits des mots de transition tels que
« Et là, surprise… », « Je précise que…», « Moi, tranquille… », « Je dois vous avouer…»,
« C’est comme ça que… ». Vous l’aurez compris, entre chaque lancer de dé, vous devrez compléter votre histoire en utilisant le mot de transition apparu sur le dé.

Mais attention ! A tout moment, un autre joueur peut utiliser le dé noir pour donner une tout autre tournure à votre récit, vous poser une question, vous contredire, etc..

Qui gagne ? A la fin de sa prestation, le narrateur lance un dé numéroté. Si tous les autres joueurs estiment que son histoire mérite un meilleur score, il a le droit de lancer l’autre dé numéroté et de cumuler la valeur des deux dés. Celui qui a obtenu le meilleur score à la fin d’un tour de table a gagné. « Ce système peut se révéler injuste, précisent les auteurs du jeu. Or la vie est injuste et ce jeu c’est la vie ! »

Nombre de joueurs : 3 à 8

Âge : 8 à 88 ans

A-qui-la-faute « A qui la faute ? », Presses universitaires de France, 14,90 €

Pour réviser son orthographe de manière ludique seul(e), en famille ou entre amis, « A qui la faute » est le jeu qu’il vous faut. Il se présente sous la forme d’un petit coffret de 200 cartes de trois couleurs différentes. Chaque couleur correspond à un niveau de difficulté : vert pour les débutants, bleu pour les joueurs confirmés, rouge pour les experts.

Le principe du jeu ? Vous déterminez un temps de jeu. Chacun à leur tour, les joueurs tirent une carte du niveau de leur choix. S’il répond correctement, le joueur conserve la carte. Si pas, il la replace en dessous du paquet. Sur chaque carte, une question d’orthographe sous forme de QCM est posée ; au verso, la solution, une explication et une astuce donnée par un petit animal pour mémoriser ou comprendre la règle. On peut augmenter la difficulté du jeu en instaurant des règles supplémentaires grâce au dé. Celui-ci peut par exemple déterminer le nombre de bonnes réponses à donner à la suite ou le nombre de cartes à tirer d’affilée. On peut aussi décider que la bonne réponse ne suffit pas, qu’il faut la justifier.

Qui gagne ? Le joueur qui, au cours du temps déterminé, a répondu correctement au plus grand nombre de questions.

Nombre de joueurs : 1 à plusieurs

Âge : 9 à 99 ans

Bon amusement et bonne Saint-Nicolas !

La langue française, c’est fatig(u)ant

Young girl over worked C’est le moins que l’on puisse dire ! 
Il y a même des jours où je me dis qu’elle finira par avoir ma peau à force d’être aux aguets pour éviter le mauvais accord de participe passé, le doublement de consonnes mal venu, l’accent dans le mauvais sens ou le pluriel laissé dans le clavier. Même lorsque je n’écris pas, mes antennes langue française sont en alerte. Lire un bouquin pour le plaisir ? A la moindre coquille (et elles ne sont pas rares, même chez Gallimard), le gyrophare orange se met à tourner au-dessus de ma tête, fatiguant mon esprit. Oui, la langue française est fatigante.

Tiens, justement, connaissez-vous cette discordance de notre jolie langue qui nous oblige parfois à faire suivre le « g » de « fatiguant » d’un « u » et parfois pas ? On peut en effet écrire « fatiguant » et « fatigant ». Mais pas n’importe quand ! Ecrire l’un à la place de l’autre est une faute. Tout est en fait histoire de syntaxe :

« fatiguant », avec un « u », est le participe présent du verbe « fatiguer » ;

« fatigant », sans « u », est un adjectif verbal.

Concrètement, on écrira « cette fille est fatigante avec ses histoires d’orthographe »
mais « fatiguant tout le monde avec ses histoires d’orthographe, elle perdit tous ses lecteurs ».

Vous hésitez encore ? Pour être certain(e) qu’il s’agit de l’adjectif, remplacez « fatigant » par un synonyme. Dans notre exemple : « cette fille est épuisante avec ses histoires d’orthographe ».

Fatigant/fatiguant n’est pas la seule discordance de ce type. Communiquer, convaincre, divaguer, intriguer, naviguer, provoquer, suffoquer, vaquer, zigzaguer s’écrivent également avec « qu » ou « gu » au participe présent et avec « c » ou « g » lorsqu’il s’agit de l’adjectif verbal.

Ca va, pas trop fatigué(e) ?

« Médias, arrêtez le massacre ! »

Arretez_Le_Massacre_site_large « Langue française, arrêtez le massacre ! » Personnellement, je dirais « Médias, arrêtez le
massacre ! ». Arrêtez de massacrer vos sujets, de publier le même article que la rédaction d’à côté.
Mot pour mot.

C’est vrai que recopier purement et simplement le communiqué de presse ou la dépêche de l’AFP ou de Belga, c’est la garantie d’une mise en ligne rapide de l’information. Publier deux heures plus tard que les concurrents ou, pire, le lendemain, vous n’y pensez
pas ! Mieux vaut donc abreuver le bon peuple d’une information standardisée. La même infographie, les mêmes chiffres, les mêmes exemples, le même texte ! Réfléchir à un angle, lire le bouquin, proposer une analyse, cela prend trop de temps. Surtout pour un article à publier sur le site web. Après cela, les spécialistes du référencement voudraient me faire croire que Google « punit » les sites qui plagient. A ce rythme-là, tous les médias se retrouveront bientôt au fin fond des résultats de recherche… ce qui m’étonnerait.

Cela dit, le phénomène du « recopiage » n’est pas nouveau, me direz-vous. C’est vrai, mais il a un peu trop tendance à se propager, y compris à ce que l’on pouvait encore appeler il y a peu les médias de qualité. Pour la sortie de l’ouvrage du grammairien Jean Maillet, « Langue française, arrêtez le massacre ! », tous nous servent le même papier, du
« Nouvel Obs » au « Point » en passant par TV5 Monde, « L’Express », « Influencia » ou, chez nous, 7 sur 7. Cliquez sur les liens, vous verrez, c’est édifiant.

Vous voulez de l’analyse, aller un peu plus loin que le communiqué ou la dépêche, arrêtez de lire des journaux ou de surfer sur les sites des médias en ligne et tournez-vous plutôt vers la radio. Là, au moins, on peut encore espérer, de temps en temps, apprendre réellement quelque chose. A propos, pour les amateurs de langue française, de bons mots et d’analyse, voici le lien pour écouter l’interview de Jean Maillet sur RTL France.

Jean Maillet, « Langue française, arrêtez le massacre ! », Editions de l’Opportun, 2014.