Postuler et pallier à : virez-moi ce « à » !

Il est des verbes, on ne sait trop pourquoi, qui appellent une préposition alors qu’en réalité, il n’en faut pas ! Postuler et pallier sont de ceux là.

Qui n’a jamais un jour dans sa vie prononcé des phrases comme « il a postulé à un emploi chez X » ou « je cherche à pallier à son manque d’enthousiasme » ? J’avoue, moi aussi, je l’ai fait. Bon, je devais avoir 8 ou 9 ans, et c’était sans doute dû à l’ignorance de mon entourage qui, lui aussi, « postuler à » ou « pallier à ». Brrr, j’en frissonne. Mais non, je rigole.

Car comment savoir qu’il faut bannir cette malencontreuse préposition si personne ne vous l’a jamais enseigné ? Comment ne pas tomber dans le piège de « l’usage » quand cet usage ne cesse de s’imposer au détriment de l’enseignement et de la connaissance ? Heureusement, je suis là pour vous sauver (c’est du second degré, hein !) et, en ce jour du Seigneur, vous apporter la bonne parole…

> On pallie quelque chose, on ne pallie PAS à quelque chose. Le verbe « pallier » est un verbe transitif direct, pas besoin, donc, de le faire suivre de la préposition « à ». Et puis, tant qu’à faire, rappelons aussi que le verbe « pallier » prend deux « l ». Alors que le palier de votre appartement n’en prend qu’un.

> On postule un emploi chez Grevisse, on ne postule PAS à un emploi chez Grevisse. De toute manière, si vous vous exprimez de la sorte lors de l’entretien, vous ne risquez pas d’avoir le job ! De nouveau, le verbe est transitif. Et si on ne flanque pas un « à » à la suite de « postuler », on ne lui associe pas non plus une autre préposition. Bref, si on ne postule pas « à », on ne postule pas davantage « pour » !
La langue française ne serait pas la langue française si « postuler » ne pouvait néanmoins être, aussi, un verbe intransitif. Mais dans un seul cas : lorsqu’il est utilisé au sens juridique du terme : « postuler devant une cour d’appel. »

Quoi qu’il en soit, postuler et pallier, même combat !

J’ai trouvé mon maître !

White conceptual keyboard - Wikipedia (key with logotype) La semaine dernière je vous expliquais à quel point je suis une timbrée de l’orthographe. Eh bien, je pense avoir trouvé plus atteint que moi ! Son nom : Bryan Henderson ; Giraffedata pour les aficionados de Wikipédia. Depuis 2006, cet ingénieur californien a dépassé les 50.000 contributions à l’encyclopédie libre. Mais pas n’importe quelles contributions ! Bryan a corrigé plus de 50.000 fois la même faute de grammaire dans les pages anglophones de Wikipédia ! Et cela en énerve plus d’un !

Cette faute est difficilement traduisible en français (vous trouverez toute l’explication ici). Mais on peut dire qu’elle est aussi courante que notre bon vieux « se rappeler de ». Oui, oui, ce verbe que beaucoup ont tendance à utiliser comme « se souvenir de ». Après tout, pourquoi pas puisqu’ils sont synonymes… Mais non ! On se rappelle quelque chose.
Le « de », vous pouvez l’oublier à tout jamais ! Inutile de vous le rappeler. Et surtout inutile de « vous en rappeler ». Oui, ça aussi, c’est incorrect.

Allez, on résume.

On dit : « Se rappeler la perte du dentier de tante Germaine » ; « Je me la rappelle » ou
« Je me rappelle cela ».

On ne dit pas : « Se rappeler de la perte du dentier de tante Germaine » ; « Je m’en rappelle » ou « Je me rappelle de cela ».

Vous voulez éviter de vous casser la tête, rayez le verbe « se rappeler » de votre vocabulaire (mais je vous préviens, ce n’est pas simple !) et préférez-lui « se souvenir ». Avec lui, vous pourrez vous souvenir « de » la perte du dentier de tante Germaine et même dire « Je m’en souviens ». C’est vrai, c’était épique !