Les mots n’ont pas de sexe, ils ont un genre !

Les mots ont un sexeEn 1989, la linguiste Marina Yaguello publiait « Le sexe des mots ». Voilà que son livre est réédité 25 ans plus tard à une petite différence près. Le titre n’est plus « Le sexe des mots » mais « Les mots ont un sexe ». Cherchez la différence… Selon l’auteure (n’oublions pas d’ajouter le « e » de la forme féminine), l’édition ayant été considérablement enrichie et remaniée et beaucoup de choses ayant changé sur ce « terrain », le titre devait être modifié.

Reste qu’en 25 ans, les mots n’ont toujours pas de sexe mais bien un genre. Un genre grammatical, tout à fait arbitraire et qui ne reflète en rien la réalité de la nature. Et Marina Yaguello est parfaitement d’accord. Elle n’a pas dit autre chose dans une interview accordée à Yvan Amar dans son émission « La Danse des mots » sur RFI. Mais alors pourquoi avoir utilisé, de manière erronée donc, le mot « sexe » dans le titre ? Bingo ! Pour une question de marketing. C’est sûr qu’un ouvrage intitulé « Les mots ont un sexe » a plus de chances d’être vendu à plusieurs milliers d’exemplaires (même en réédition) que celui intitulé « Les mots ont un genre » ou
« Le genre des mots ». Le sexe fait toujours recette alors que la grammaire ne passionne plus les foules depuis longtemps !

Cela dit, il y aura toujours bien un ou une féministe pour animer le débat, confondre sexe et genre, s’offusquer qu’en langue française le masculin l’emporte sur le féminin et y voir une domination de l’homme sur la femme. Confusion tragique qui donne beaucoup de pouvoir aux grammairiens alors que la grammaire et l’orthographe sont en désuétude et ne commandent presque plus personne, comme l’écrivait si bien Aurélien Péréol dans une chronique sur le site du journal « Le Monde » en 2011.

Mais revenons au livre de Marina Yaguello. Qui vaut toutefois la peine d’être lu. Ne serait-ce que pour apprendre pourquoi « marmotte » n’est pas le féminin de « marmot »,
qu’« orateur » ou « gourmet » n’ont pas de féminin, que « panthère » en argot signifie
« putain », que les mots dépréciatifs en « ouille » ou en « aille » comme « canaille » et
« fripouille » sont en majorité féminins ou encore pourquoi « fine mouche » n’est réservé qu’aux femmes. Voire encore pour enrichir son vocabulaire et apprendre, entre autres, ce que signifie « épicène ». Epi-quoi ? Epicène ! Les noms du genre épicène sont des mots qui n’ont pas besoin d’une marque de féminin pour passer d’un genre à un autre. Comme « maire » ou « psychologue ». Vous n’aurez pas lu ce billet pour rien !

Marina Yaguello, Les mots ont un sexe. Pourquoi « marmotte » n’est pas le féminin de
« marmot » et autres curiosités de genre
, Seuil, coll.Points, 2014.

Un chips ou une chips ? Le débat fait rage

woman with chips S’il est un mot qui fait débat à l’apéro, c’est bien le mot « chips ». Masculin, féminin, pluriel ? Personne n’est jamais d’accord jusqu’à ce que l’on sorte le dictionnaire (cas vécu plus d’une fois) pour prouver à tout le monde que oui, « chips » est bel et bien féminin !

Cela dit, même après avoir ouvert Robert, certains campent sur leurs positions. « Je ne vois pas pourquoi on devrait dire une chips car après tout, c’est ‘un’ pétale de pomme de terre ». Autre justification saugrenue : « Qui mange un ou une chips ? Personne ! C’est une poignée voire le paquet, donc le pluriel l’emporte ! File-moi les chips ! »

Les antiféministes de la chips ne s’arrêtent pas là : « ‘Chip’ est un mot d’origine anglaise, et en anglais, il n’y a ni masculin ni féminin. Chips est asexué. » Sauf que l’on donne généralement aux mots étrangers le genre des noms français auxquels ils correspondent. Nos voisins français et nos cousins canadiens utilisent le féminin, comme Robert.

Dernièrement, un ami sachant mon attachement au féminin du mot « chips » a débarqué tout guilleret, Wikipédia ouvert à la page « Chips » sur son smartphone. « Robert et Larousse ont retourné leur veste ! Dans l’édition du Larousse de 1959 et du Robert de 1972, ‘chips’ était un nom masculin pluriel ! Tu vois que ta chips n’a rien de féminin ! C’est vrai puisque c’est Wikipédia qui le dit… » Si Wikipédia était si infaillible, cela se saurait… Mais bon, accordons à cet ami et à Wikipédia le bénéfice du doute. Je serai ravie d’offrir un kilo de chips, à défaut d’un kilo de fraises ou de cerises, à celui ou celle qui m’enverra une copie des pages des deux éditions précitées attestant du masculin pluriel de chips. Et je suis tout aussi curieuse de connaître l’année où Robert et Larousse « ont (définitivement) retourné leur veste ».

En attendant, la question ne se pose plus : je viens de terminer le dernier pétale du paquet.