Je n’ai pas fait « bonne chair » !

A conceptual photo of self-confident pin-up girl in bikini holding big piece of meat. C’est normal puisque j’ai avalé de travers en lisant dernièrement un article dans un magazine dont je tairai le nom. La raison est simple. On ne fait pas « bonne chair » mais « bonne chère ». La chair n’a tout bonnement rien à voir dans l’expression « faire bonne chère ». Bon, avouons, écrire
« faire bonne chère » plutôt que « faire bonne chair » est un peu déroutant lorsqu’on parle de nourriture (sauf peut-être pour les végétariens…). Mais ce n’est pas parce qu’on aime se régaler, que l’on doit négliger son orthographe !

La raison de la méprise est à chercher du côté du latin (dire que beaucoup rêvent de le voir disparaître des programmes scolaires…) et de l’origine de l’expression. Le mot
« chère » vient en réalité du latin « cara », le visage. Au 12e siècle, l’expression « faire bonne chère/bona cara » signifiait « faire un bon visage » et par extension « faire bon accueil ». Mais l’on faisait déjà aussi bonne mine devant une viande bien en chair !

Néanmoins, c’est surtout au 15e siècle que « faire bonne chère » fut réellement associé au bien-manger. La guerre de Cent Ans n’y est pas étrangère. Après tout, offrir un bon repas, c’est aussi faire bon accueil à ses convives…

Et puisque l’on en est à parler de chair et de chère, précisons aussi qu’il ne faut pas confondre chair et chaire ! Même si certains évêques aiment les plaisirs de la chair (hum…), ils en font rarement écho lorsqu’ils sont assis sur leur chaire à l’église. Quant aux professeurs d’université, je n’en ai pas encore rencontré un seul qui a une chaire d’histoire de la chair. Mais qui sait…

Cher lecteur, toi qui aimes la chair et faire bonne chère, te voilà gavé pour la journée !