Pourquoi on dit grand-mère, pas grande-mère ?

grand-mere feminin Les chats ne font pas des chiens, c’est bien connu. Je n’ai pas engendré un chien ! Alors qu’il était tranquillement occupé à jouer une manche de Canasta (Bataille, c’est trop simple), mon charmant fiston de 8 ans lève la tête et lance tout de go : « Pourquoi on dit grand-mère et pas grande-mère ? C’est pas très logique, mère, c’est féminin ! » Euh… oui, en effet, pourquoi ?

Passé le moment de surprise, vous vous dites que vous avez beau jongler quotidiennement avec les mots, vous ne vous êtes jamais vraiment posé la question. Alors vous ramez, vous essayez de trouver une explication (forcément pas logique), vous retournez le problème dans tous les sens, vous vous demandez si le trait d’union est responsable, si ce fichu adjectif s’est transformé en adverbe, vous bredouillez et le jeune homme vous balance : « Si tu sais pas, t’as qu’à demander à Google ! »

J’ai donc demandé à Google et je suis tombée sur une explication très complète, et bien loin de ce que j’imaginais, donnée par un Druide qui aime les enquêtes linguistiques. Bref, un nouvel ami ! Alors pourquoi, finalement, dit-on « grand-mère », « grand-rue », « grand-voile », « grand-messe » ou encore « grand-peur » ?

Je cite : « L’adjectif français grand vient du latin grandis. La forme de cet adjectif latin était identique aux genres masculin et féminin. En ancien français, il n’y avait pas non plus de différence entre les formes masculine et féminine du mot. On disait par exemple un ome grant et une feme grant. La graphie qui s’est finalement imposée est grand, avec un d final. C’est au XVIe siècle que s’est généralisé l’ajout d’un e au féminin (grande). Cependant l’ancienne forme féminine grand a survécu dans certaines expressions figées ou lexicalisées, comme grand-mère. Ces expressions sont donc de formation ancienne et ne se sont conservées que dans un sens spécial qui ne se déduit pas simplement du sens de ses éléments : une grand-mère n’est pas une mère de grande taille. La présence du trait d’union renforce ce caractère spécial et lexicalisé. »

Quid du pluriel ?

Durant longtemps, ces mots s’écrivaient avec une apostrophe : grand’mère. On ne mettait donc pas de « s » au pluriel. Ce n’est qu’en 1932 que le « Dictionnaire de l’Académie » a remplacé l’apostrophe par un trait d’union et a accepté la marque du pluriel à « grand ». Mais comme le précise une fois de plus notre Druide, l’Académie a changé d’avis par la suite préconisant l’invariabilité – des grand-mères – en se justifiant ainsi : « Dans ces noms féminins composés, grand, ne s’accordant pas en genre, ne s’accorde pas non plus en nombre. » Et depuis, la question n’est toujours pas tranchée. Le Bon Usage justifiant : « Le pluriel grands est assez fréquent et doit être encouragé, l’invariabilité en genre n’impliquant pas l’invariabilité en nombre. »

Bref, si le féminin n’est pas permis, pour le pluriel, faites comme bon vous semble ! Sur ce, je retourne m’occuper de mon chaton.

Injurier avec classe

Il y a des jours comme cela où rien ne va, où l’on voudrait balancer à la face des gens ce que l’on pense vraiment. Mais on se retient : les injures, les insultes, c’est pas bien. C’est pas poli. Alors on garde tout ça au fond de soi. On rumine, on se fait du mal. Et s’il existait une parade ? Une manière de dire ce que l’on pense sans que l’autre ne comprenne vraiment ce qu’on lui assène sur un ton neutre, gentillet et guilleret ?

La solution miracle, je l’ai trouvée dans le « Dico des injures oubliées ». La Bible de tout bon afitos(1) pour agener(2) sans en avoir l’air ! Vous allez pouvoir pester et injurier avec classe !

Vous rêvez de dire à votre patron d’aller se faire voir ? Le plus simple et de lui lancer
un « Ut ! ». Au mieux, il croira que vous avez le hoquet, au pire il pensera que vous lui avez simplement dit « zut » (dont « ut » est l’ancêtre). Vous, cela vous fera grand bien. L’alternative : « Et si vous vous en alliez au mail ? » Là, il imaginera que vous lui avez envoyé un e-mail…

Un besoin irrépressible de laisser sortir un grand « merde ! » ? Remplacez-le par « Sucre ! ». Evidemment, vos collègues s’empresseront peut-être d’aller vous chercher un morceau de sucre dont vous semblez grandement en manque.

Vous ne savez pas comment dire à votre collègue assis juste à côté qu’il sent des aisselles et qu’il a aussi mauvaise haleine ? Prenez votre plus beau sourire pour lui dire qu’il « est excellent » et qu’il « repousse du tiroir ». Cela dit, dans ce cas-ci, vous avez sans doute tout intérêt à être cash pour mettre un terme à ces odeurs malodorantes sous peine qu’il ne vous fasse « faire restitution » (vomir). Au pire, il vous répondra « va parler à ton écot » (mêle-toi de tes affaires) ou il vous « enverra au grat » (envoyer balader).

Votre client est un vieux con ? Evitez de lui dire de cette manière. Préférez plutôt : « Quel grimaudin vous êtes M. Dupont ! ». C’est un parasite ? Qualifiez-le de « Chevalier d’industrie ». Il risque même d’être flatté ! C’est un fumier ? Lancez un « Ahaus ! ». Il croira que vous éternuez.

Quel bonheur d’être un jureur cultivé !

Vous voulez connaître l’origine de ces injures oubliées et en découvrir bien d’autres ? Je vous renvoie au « Dico des injures oubliées » de Sabine Duhamel chez Libio. Il ne vous coûtera que 3 € !

(1) Afitos : insolent. Vient du verbe « afiter » qui signifiait « provoquer, agresser, insulter ».
(2) Agener : insulter

Allô SOS Langage ?

Smiling redhead girl in red polka dot dress with green dial phone on yellow background. Quel ramdam autour de cette « nouvelle » réforme de l’orthographe qui date en fait de 1990, appliquée en Belgique depuis la rentrée scolaire 2008, et que tout le monde semblait avoir oubliée jusqu’à ce qu’une vidéo du site TF1.fr vienne voici deux jours, ô malheur, nous annoncer erronément la disparition pure et simple de l’accent circonflexe. Jamais ce
« chapeau chinois », les « ognons » et les « nénufars » n’ont eu autant de succès dans la presse et sur la Toile !

Si la simplification est à l’origine de cette réforme, rappelez-vous que cette dernière n’est nullement contraignante. Libre à vous de continuer à écrire « oignon », « nénuphar » et de mettre un accent circonflexe sur le « i » de « disparaître », puisque non et définitivement non, il ne disparaît pas !

Et si l’orthographe vous rend fou (ou folle), sachez qu’outre le dictionnaire, le « Bon
usage » et le « Bescherelle », il existe pour les plus paresseux (ou les plus pressés) un service téléphonique gratuit d’assistance linguistique. A côté de SOS Suicide, il y a en effet SOS Langage ! Le second vous évitera peut-être d’appeler le premier. Hum…

Il suffit de composer le 02 219 49 33, du lundi au vendredi, de 9 h à 12 h et de 14 h à
17 h. Vous pouvez également poser votre question orthographique ou grammaticale par l’intermédiaire d’un formulaire en ligne. Vous recevez une réponse instantanément, sauf pour les questions un peu plus ardues. Dans ce cas, on vous rappelle. Le service existe depuis 1993. Je ne sui pas sûre, pourtant, que vous soyez nombreux à le connaître.

Autre solution de « dépannage » ? La Banque de dépannage linguistique (BDL). De la typographie à la ponctuation en passant par l’orthographe ou les abréviations, vous y trouverez des réponses à toutes vos questions.

Enfin, le Projet Voltaire vient de lancer une toute nouvelle app pour smartphone baptisée Orthosens. Elle ne répondra pas à vos questions précises mais propose de vous « relaxer avec l’orthographe ». Détendu(e) dans votre canapé, écouteurs dans les oreilles,
« Orthosens vous plonge dans une atmosphère de relaxation où 20 règles de grammaire se mêlent aux sons apaisants de la nature ».

Si avec tout cela vous faites encore des fautes d’orthographe…

Un chips ou une chips ? Le débat fait rage

woman with chips S’il est un mot qui fait débat à l’apéro, c’est bien le mot « chips ». Masculin, féminin, pluriel ? Personne n’est jamais d’accord jusqu’à ce que l’on sorte le dictionnaire (cas vécu plus d’une fois) pour prouver à tout le monde que oui, « chips » est bel et bien féminin !

Cela dit, même après avoir ouvert Robert, certains campent sur leurs positions. « Je ne vois pas pourquoi on devrait dire une chips car après tout, c’est ‘un’ pétale de pomme de terre ». Autre justification saugrenue : « Qui mange un ou une chips ? Personne ! C’est une poignée voire le paquet, donc le pluriel l’emporte ! File-moi les chips ! »

Les antiféministes de la chips ne s’arrêtent pas là : « ‘Chip’ est un mot d’origine anglaise, et en anglais, il n’y a ni masculin ni féminin. Chips est asexué. » Sauf que l’on donne généralement aux mots étrangers le genre des noms français auxquels ils correspondent. Nos voisins français et nos cousins canadiens utilisent le féminin, comme Robert.

Dernièrement, un ami sachant mon attachement au féminin du mot « chips » a débarqué tout guilleret, Wikipédia ouvert à la page « Chips » sur son smartphone. « Robert et Larousse ont retourné leur veste ! Dans l’édition du Larousse de 1959 et du Robert de 1972, ‘chips’ était un nom masculin pluriel ! Tu vois que ta chips n’a rien de féminin ! C’est vrai puisque c’est Wikipédia qui le dit… » Si Wikipédia était si infaillible, cela se saurait… Mais bon, accordons à cet ami et à Wikipédia le bénéfice du doute. Je serai ravie d’offrir un kilo de chips, à défaut d’un kilo de fraises ou de cerises, à celui ou celle qui m’enverra une copie des pages des deux éditions précitées attestant du masculin pluriel de chips. Et je suis tout aussi curieuse de connaître l’année où Robert et Larousse « ont (définitivement) retourné leur veste ».

En attendant, la question ne se pose plus : je viens de terminer le dernier pétale du paquet.