Le difficile réveil du réveille-matin

cute little girl on morning. studio shot Voilà un petit temps que je n’ai plus publié sur ce blog. C’est fou comme le temps file lorsqu’on se laisse submerger par le quotidien. Mais bon, là, je me suis dit qu’il fallait que je me réveille, que je me secoue, que je reprenne mon bâton de pèlerin de la bonne orthographe.

Au départ, je n’avais pas de sujet précis. Je me suis dit que je ferais sonner le réveille-matin vers 5 heures et que l’on verrait bien. Tiens, le voilà mon sujet : le « réveille-matin » ! Je suis certaine que quelques-un(e)s ont été étonné(e)s dès la lecture du titre de ce billet. Elle est mal réveillée Miss Duelz ?
« Réveille-matin »… ça s’écrit « réveil-matin ». Mais non, ce serait vraiment trop facile ! Décidément, la langue française est bien subtile. Plus que les crétins qui ont mis leur réveille-matin mardi pour se faire exploser dès potron-minet. Merci pour ce difficile réveil…

« Réveille-matin » s’écrit donc avec deux « l », parce qu’il est en fait composé de
« réveiller » et de « matin ». Et au pluriel, « réveille-matin » continue à être singulier puisqu’il est invariable. Je vous l’accorde, il n’y a guère plus que moi pour utiliser ce mot désuet. Je suis et je reste de la vieille école… Cela dit, la nouvelle orthographe s’est aussi emparée du mot en 1990. « Réveille-matin » n’a pas perdu ses deux « l » pour autant, « matin » a juste gagné une « s »* au pluriel. Qui a dit que la nouvelle orthographe simplifiait
les choses ?

Et pour toutes celles et ceux qui ont des réveils difficiles et n’ont pas envie de se creuser la tête de bon matin avec des questions d’orthographe, laissez tomber le réveille-matin et préférez-lui le radio-réveil. Lui au moins, vous pouvez l’écrire en un ou deux mots et lui flanquer une « s » au pluriel dans tous les cas.

Bonne nuit… ou bonne journée !

*« S » est un nom féminin quand on prononce cette lettre « ès » et masculin quand on la prononce « se ».

Allô SOS Langage ?

Smiling redhead girl in red polka dot dress with green dial phone on yellow background. Quel ramdam autour de cette « nouvelle » réforme de l’orthographe qui date en fait de 1990, appliquée en Belgique depuis la rentrée scolaire 2008, et que tout le monde semblait avoir oubliée jusqu’à ce qu’une vidéo du site TF1.fr vienne voici deux jours, ô malheur, nous annoncer erronément la disparition pure et simple de l’accent circonflexe. Jamais ce
« chapeau chinois », les « ognons » et les « nénufars » n’ont eu autant de succès dans la presse et sur la Toile !

Si la simplification est à l’origine de cette réforme, rappelez-vous que cette dernière n’est nullement contraignante. Libre à vous de continuer à écrire « oignon », « nénuphar » et de mettre un accent circonflexe sur le « i » de « disparaître », puisque non et définitivement non, il ne disparaît pas !

Et si l’orthographe vous rend fou (ou folle), sachez qu’outre le dictionnaire, le « Bon
usage » et le « Bescherelle », il existe pour les plus paresseux (ou les plus pressés) un service téléphonique gratuit d’assistance linguistique. A côté de SOS Suicide, il y a en effet SOS Langage ! Le second vous évitera peut-être d’appeler le premier. Hum…

Il suffit de composer le 02 219 49 33, du lundi au vendredi, de 9 h à 12 h et de 14 h à
17 h. Vous pouvez également poser votre question orthographique ou grammaticale par l’intermédiaire d’un formulaire en ligne. Vous recevez une réponse instantanément, sauf pour les questions un peu plus ardues. Dans ce cas, on vous rappelle. Le service existe depuis 1993. Je ne sui pas sûre, pourtant, que vous soyez nombreux à le connaître.

Autre solution de « dépannage » ? La Banque de dépannage linguistique (BDL). De la typographie à la ponctuation en passant par l’orthographe ou les abréviations, vous y trouverez des réponses à toutes vos questions.

Enfin, le Projet Voltaire vient de lancer une toute nouvelle app pour smartphone baptisée Orthosens. Elle ne répondra pas à vos questions précises mais propose de vous « relaxer avec l’orthographe ». Détendu(e) dans votre canapé, écouteurs dans les oreilles,
« Orthosens vous plonge dans une atmosphère de relaxation où 20 règles de grammaire se mêlent aux sons apaisants de la nature ».

Si avec tout cela vous faites encore des fautes d’orthographe…

Je n’ai pas fait « bonne chair » !

A conceptual photo of self-confident pin-up girl in bikini holding big piece of meat. C’est normal puisque j’ai avalé de travers en lisant dernièrement un article dans un magazine dont je tairai le nom. La raison est simple. On ne fait pas « bonne chair » mais « bonne chère ». La chair n’a tout bonnement rien à voir dans l’expression « faire bonne chère ». Bon, avouons, écrire
« faire bonne chère » plutôt que « faire bonne chair » est un peu déroutant lorsqu’on parle de nourriture (sauf peut-être pour les végétariens…). Mais ce n’est pas parce qu’on aime se régaler, que l’on doit négliger son orthographe !

La raison de la méprise est à chercher du côté du latin (dire que beaucoup rêvent de le voir disparaître des programmes scolaires…) et de l’origine de l’expression. Le mot
« chère » vient en réalité du latin « cara », le visage. Au 12e siècle, l’expression « faire bonne chère/bona cara » signifiait « faire un bon visage » et par extension « faire bon accueil ». Mais l’on faisait déjà aussi bonne mine devant une viande bien en chair !

Néanmoins, c’est surtout au 15e siècle que « faire bonne chère » fut réellement associé au bien-manger. La guerre de Cent Ans n’y est pas étrangère. Après tout, offrir un bon repas, c’est aussi faire bon accueil à ses convives…

Et puisque l’on en est à parler de chair et de chère, précisons aussi qu’il ne faut pas confondre chair et chaire ! Même si certains évêques aiment les plaisirs de la chair (hum…), ils en font rarement écho lorsqu’ils sont assis sur leur chaire à l’église. Quant aux professeurs d’université, je n’en ai pas encore rencontré un seul qui a une chaire d’histoire de la chair. Mais qui sait…

Cher lecteur, toi qui aimes la chair et faire bonne chère, te voilà gavé pour la journée !

Vive les jurons, à bas les points

Comic Flche - zweifarbig Il y a des semaines où je me dis que, finalement, j’aurais bien fait d’embrasser une carrière universitaire. Car qu’est-ce qu’on s’amuse dans les départements de linguistique et de psychologie ! Au cours de cette seule semaine, ce ne sont pas moins de deux études cruciales auxquelles j’aurais franchement apprécié participer, histoire de me marrer.

Vous avez sans doute vu passer
la première. Tous les sites
« d’information » ont relayé sa conclusion : terminer un SMS par un point est une mauvaise idée, cela traduit un manque de sincérité et peut même être une preuve de cruauté. Rien que ça ! Qui aurait cru qu’un simple point, un tout petit point, puisse avoir un tel pouvoir ?! Dark Vador, sors de ce corps, euh… de ce point !

De simple signe de ponctuation, voilà donc le point devenu marqueur expressif. Tout cela parce que 126 étudiants, oui seulement 126, ont jugé plus sincère un « oui » qu’un
« oui. ». Par contre, ces mêmes 126 étudiants (américains, la précision est peut-être importante) estiment, à l’inverse, que le point d’exclamation donne, lui, une plus grande apparence de sincérité aux messages que si ces derniers sont dénués de toute ponctuation. Moi qui pensais que le point d’exclamation augmentait justement l’emphase et traduisait un ordre ou une exaspération… Nous n’avons probablement pas eu le même cours sur la ponctuation. Pour couronner le tout, le point redevient acceptable et même normal s’il est utilisé dans un message manuscrit.

En résumé : « oui. » n’est pas sincère, par contre « oui ! » l’est et même davantage que
« oui » qui l’est plus que « oui. » sauf si « oui. » a été manuscrit. Vous avez suivi ? Non ? Ce n’est pas grave, de toute façon, je ne suis pas sûre qu’il fallait vraiment parler de cette étude dont l’échantillon n’est absolument pas représentatif de la population et dont le caractère scientifique semble donc douteux.

Et la deuxième étude, me direz-vous ? Elle est tout aussi drôle et nous vient elle aussi tout droit des Etats-Unis. Je vais devoir penser à m’expatrier si je veux vraiment m’amuser… Deux psychologues viennent de démontrer que plus on dit de jurons, plus on a de vocabulaire ! Si, si…

Comment sont-ils arrivés à cette conclusion ? Tout simplement en demandant à des étudiants de citer à voix haute le plus de gros mots que possible en une minute, puis de répéter l’exercice mais cette fois en nommant… des animaux. Conclusion : les plus doués en jurons sont aussi ceux qui connaissent le plus de noms d’animaux. Ils ont donc plus de vocabulaire et donc de compétences linguistiques. CQFD ! C’est quand même facile et drôle la science, non ?

Sur ce, je vais envoyer un SMS à ce connard qui me fait chier depuis ce matin et je n’oublierai pas de finir par un point. Merde, quoi.

2 jeux à demander absolument à saint Nicolas

Plus que deux fois dormir et saint Nicolas déposera les joujoux dans les souliers placés devant les cheminées. Il n’est pas encore trop tard pour lui suggérer de mettre dans sa hotte l’un ou l’autre jeu amusant et intelligent pour les petits et les plus grands. Comme par exemple mes deux coups de cœur de l’année, basés évidemment sur l’orthographe et l’utilisation de la langue française…

comment-j-ai-adopte-un-gnou « Comment j’ai adopté un gnou », Editions Le Droit de perdre, 15 €

« Du pur délire pour les adultes ! Un super outil d’expression pour les enfants », peut-on lire sur la boîte. Et c’est tout à fait vrai ! Ce jeu de dés va vous permettre de raconter des histoires. Complètement folles, hilarantes, surprenantes, détonantes.

Le principe du jeu ? Vous lancez deux dés numérotés. La combinaison vous donne le numéro du thème de votre futur récit ; 120 sont proposés comme « Mon GPS se moque de moi », « Je lis l’avenir dans la purée de pomme de terre », « J’ai sauvé la planète mais personne ne le sait »,
« Un jour, j’ai mangé 23 œufs durs ! »… Puis, vous lancez les six dés colorés, du plus clair au plus foncé. Sur chacune des faces des dés sont écrits des mots de transition tels que
« Et là, surprise… », « Je précise que…», « Moi, tranquille… », « Je dois vous avouer…»,
« C’est comme ça que… ». Vous l’aurez compris, entre chaque lancer de dé, vous devrez compléter votre histoire en utilisant le mot de transition apparu sur le dé.

Mais attention ! A tout moment, un autre joueur peut utiliser le dé noir pour donner une tout autre tournure à votre récit, vous poser une question, vous contredire, etc..

Qui gagne ? A la fin de sa prestation, le narrateur lance un dé numéroté. Si tous les autres joueurs estiment que son histoire mérite un meilleur score, il a le droit de lancer l’autre dé numéroté et de cumuler la valeur des deux dés. Celui qui a obtenu le meilleur score à la fin d’un tour de table a gagné. « Ce système peut se révéler injuste, précisent les auteurs du jeu. Or la vie est injuste et ce jeu c’est la vie ! »

Nombre de joueurs : 3 à 8

Âge : 8 à 88 ans

A-qui-la-faute « A qui la faute ? », Presses universitaires de France, 14,90 €

Pour réviser son orthographe de manière ludique seul(e), en famille ou entre amis, « A qui la faute » est le jeu qu’il vous faut. Il se présente sous la forme d’un petit coffret de 200 cartes de trois couleurs différentes. Chaque couleur correspond à un niveau de difficulté : vert pour les débutants, bleu pour les joueurs confirmés, rouge pour les experts.

Le principe du jeu ? Vous déterminez un temps de jeu. Chacun à leur tour, les joueurs tirent une carte du niveau de leur choix. S’il répond correctement, le joueur conserve la carte. Si pas, il la replace en dessous du paquet. Sur chaque carte, une question d’orthographe sous forme de QCM est posée ; au verso, la solution, une explication et une astuce donnée par un petit animal pour mémoriser ou comprendre la règle. On peut augmenter la difficulté du jeu en instaurant des règles supplémentaires grâce au dé. Celui-ci peut par exemple déterminer le nombre de bonnes réponses à donner à la suite ou le nombre de cartes à tirer d’affilée. On peut aussi décider que la bonne réponse ne suffit pas, qu’il faut la justifier.

Qui gagne ? Le joueur qui, au cours du temps déterminé, a répondu correctement au plus grand nombre de questions.

Nombre de joueurs : 1 à plusieurs

Âge : 9 à 99 ans

Bon amusement et bonne Saint-Nicolas !

Ce que vous ignorez (peut-être) sur l’alphabet

Toy. On l’apprend souvent en chansons. Machinalement, sans trop se poser de questions. Personne ne nous explique vraiment d’où il vient, l’origine de son nom ou encore pourquoi ses lettres sont rangées dans l’ordre qui est le sien. Et si, pour une fois, on s’intéressait d’un peu plus près à notre bon vieil alphabet ?

Commençons par l’ABC, ou peut-être devrions-nous dire l’AB… de l’alphabet. Le mot
« alphabet » vient du mot latin « alphabetum », formé des deux premières lettres de l’alphabet grec « alpha » et « béta », elles-mêmes empruntées aux lettres sémitiques
« aleph » et « bèt ». Bref, comme le résumait très bien Voltaire, « Alphabet ne signifie autre chose que AB… ». Et le célèbre auteur de poursuivre un peu moqueur dans un article intitulé « ABC ou Alphabet » : « … deux sons sans aucun rapport l’un avec l’autre […] l’un est le premier, l’autre le second ; et on ne sait pas pourquoi. »

En effet, dès leur origine (cananéenne), les lettres de l’alphabet ont été rangées selon un ordre resté immuable tant en phénicien qu’en hébreu, en grec et en latin. On ne sait guère pourquoi l’ordre est celui-là, ni pourquoi il n’a jamais vraiment changé. C’est l’un des grands mystères de l’alphabet.

Le lexicologue Jean Pruvost, dans un article paru dans la revue « Les Timbrés de l’orthographe », avance cependant une explication, du moins pour les deux premières lettres. Pour lui, on oublie qu’« aleph » représentait le bœuf et « bèt » la maison, les valeurs premières de l’homme : le bétail, la source de la richesse, et la maison, où l’on vit. « Or lorsqu’on apprend à écrire, à lire, on commence naturellement par ce qui est essentiel aux yeux des adultes qui transmettent leurs valeurs », écrit-il.

Les voyelles n’ont pas toujours existé

Le premier alphabet connu serait né à Ougarit, en Syrie, 1.400 ans avant Jésus-Christ. Il se composait de 27 lettres cunéiformes, des coins tracés dans de l’argile. Par la suite, des alphabets de 22 lettres, essentiellement des consonnes (dans les langues sémitiques tout mot commence par une consonne), ont servi à écrire le phénicien, l’araméen ou l’hébreu.

Ce sont les grecs qui ont mis voyelles et consonnes sur un pied d’égalité. Ils ont attribué à certaines lettres phéniciennes dont ils n’avaient pas l’usage la valeur de voyelle. C’est comme cela que sont nés l’alpha (« A »), l’epsilon (« E »), l’omicron (« O ») et l’upsilon
(« Y »). Le iota, le « i », ils l’inventèrent ex nihilo. Bref sans les Grecs, bon nombre de langues ne seraient pas les mêmes aujourd’hui…

Autres petites curiosités de l’alphabet

> L’alphabet grec est à l’origine de tous les alphabets européens actuels (copte, géorgien, cyrillique, gothique, arménien, etc.).

> Le « O » est rond car à l’origine, il est l’initiale du mot hébraïque « oyin » qui désigne l’œil. Le O n’est donc pas un « rond », un « cercle », mais un œil !

> L’alphabet français n’est pas constitué de 26 lettres mais de… 42 ! Aux 26 lettres que tout élève apprend comme faisant partie de l’alphabet, il faut ajouter 13 voyelles accentuées, un graphème (le « ç ») et deux ligatures (le e dans a « æ » et le o dans e
« œ »).

> Le « Z » a disparu un moment de l’alphabet, il était tout simplement inutile en latin…

> Avez-vous remarqué comme la plupart des lettres de l’alphabet ont une symétrie, sauf huit ? Retrouverez-vous lesquelles ?

> Le « E » est la voyelle la plus utilisée (14,7 %), le « S » la consomme la plus utilisée
(7,9 %).

> Pour tester les machines à écrire, une phrase contenant toutes les lettres de l’alphabet avait été inventée : « Portez ce vieux whisky au juge blond qui fume ».

Pour tout savoir sur l’alphabet : M.-A. Ouaknin, « Mystères de l’alphabet », Assouline.

Cet article a été publié dans l’édition de novembre-décembre du magazine «Slow Classes», téléchargeable gratuitement via ce lien. « Slow Classes » est destiné aux parents, aux enseignants et à tous ceux qui veulent apprendre autrement.

La langue française, c’est fatig(u)ant

Young girl over worked C’est le moins que l’on puisse dire ! 
Il y a même des jours où je me dis qu’elle finira par avoir ma peau à force d’être aux aguets pour éviter le mauvais accord de participe passé, le doublement de consonnes mal venu, l’accent dans le mauvais sens ou le pluriel laissé dans le clavier. Même lorsque je n’écris pas, mes antennes langue française sont en alerte. Lire un bouquin pour le plaisir ? A la moindre coquille (et elles ne sont pas rares, même chez Gallimard), le gyrophare orange se met à tourner au-dessus de ma tête, fatiguant mon esprit. Oui, la langue française est fatigante.

Tiens, justement, connaissez-vous cette discordance de notre jolie langue qui nous oblige parfois à faire suivre le « g » de « fatiguant » d’un « u » et parfois pas ? On peut en effet écrire « fatiguant » et « fatigant ». Mais pas n’importe quand ! Ecrire l’un à la place de l’autre est une faute. Tout est en fait histoire de syntaxe :

« fatiguant », avec un « u », est le participe présent du verbe « fatiguer » ;

« fatigant », sans « u », est un adjectif verbal.

Concrètement, on écrira « cette fille est fatigante avec ses histoires d’orthographe »
mais « fatiguant tout le monde avec ses histoires d’orthographe, elle perdit tous ses lecteurs ».

Vous hésitez encore ? Pour être certain(e) qu’il s’agit de l’adjectif, remplacez « fatigant » par un synonyme. Dans notre exemple : « cette fille est épuisante avec ses histoires d’orthographe ».

Fatigant/fatiguant n’est pas la seule discordance de ce type. Communiquer, convaincre, divaguer, intriguer, naviguer, provoquer, suffoquer, vaquer, zigzaguer s’écrivent également avec « qu » ou « gu » au participe présent et avec « c » ou « g » lorsqu’il s’agit de l’adjectif verbal.

Ca va, pas trop fatigué(e) ?

Sauver les libraires n’est pas « Superflus »

Superflus Les librairies indépendantes ne sont plus que 125 en Belgique francophone. Combien seront-elles demain ? Certainement pas plus, très probablement moins, beaucoup moins. Pourtant le livre papier se porte bien. En France, il vient même d’enregistrer une progression des ventes : + 2,3 % en un an ! Mais la part de marché des libraires s’effrite toujours plus au profit de la vente en ligne, Amazon en tête.

Pour endiguer le phénomène, les libraires se démènent. Ne sauront bientôt plus quoi inventer. Dans cette course pour garder la tête hors de l’eau, les éditeurs eux-mêmes ne semblent pas vraiment les aider… Pour preuve cette étonnante (més)aventure vécue la semaine dernière chez Caroline, ma libraire.

J’allais y acheter « Superflus », le premier roman d’un auteur belge naissant, Hugo Poliart, paru chez Academia. « Oh la la, me dit Caroline, Academia… Depuis que la maison d’édition belge a été rachetée par L’Harmattan, beaucoup de choses ont changé… » Interloquée, je lui demande quel est le problème. « Le problème ? Toute commande chez L’Harmattan coûte 6,50 euros. Si vous avez le temps d’attendre que d’autres clients me demandent ce roman ou en commandent d’autres du même éditeur, alors d’accord. Dans le cas contraire, ça me coûte beaucoup trop cher. »

J’ai remercié Caroline, j’ai tourné les talons et je me suis posé la question : vais-je boycotter le bouquin (et pénaliser un jeune auteur au talent certain), céder aux sirènes de l’Internet (et faire le jeu de l’éditeur et d’Amazon) ou chercher un autre libraire (à je ne sais combien de kilomètres) qui, par hasard, aurait le bouquin d’Hugo Poliart ? Je n’ai pas encore tranché…

Mais en lisant quelques papiers sur la montée en puissance d’Amazon, je suis tombée sur une petite extension informatique très intéressante : Amazon-Killer. Installée sur votre navigateur Internet, elle permet de chercher un livre dans le catalogue d’Amazon, puis de voir s’il est disponible dans une librairie proche. Pour l’instant, elle ne fonctionne qu’en France. Mais on se met à rêver qu’Elliot Lepers, son créateur, nous livre une version belge. Parce que sauver les libraires, en Belgique aussi, n’est pas « Superflus ».

Stop aux horreurs typographiques !

Love storyDécidément, on ne respecte plus rien. Et pour une fois, je ne vous parle pas d’orthographe ! Plutôt d’un autre cheval de bataille quotidien : les règles de typographie. Car si l’orthographe se perd, la typographie se meurt. Plus personne n’en a cure.

Qui sait encore ce qu’est une espace insécable (on dit « une espace », pas « un espace ») ? La différence entre les guillemets français et les guillemets anglais ? Comment écrire correctement les abréviations ? Quand l’emploi des italiques se justifie ? Qu’on ne peut accepter plus de trois lignes consécutives affectées d’une césure ? Plus grand monde…

Pourtant la typographie n’a pas été inventée pour les chiens ! L’objectif de la typographie est de faciliter la lecture tout en rendant l’impression harmonieuse au regard, et les règles ont été établies pour lever des ambiguïtés qui peuvent conduire à des contresens, et qui ralentissent la lecture.

Or avec l’avènement du numérique (en français correct on dit « numérique », pas
« digital »
), les règles typographiques ont été reléguées aux oubliettes. Voici deux jours encore, on m’a demandé d’ôter l’espace entre des nombres et le caractère % qui les suivait et de coller le glyphe € à son montant en chiffres. Le lendemain, un autre client me renvoyait mon document Word avec cette note en rouge, soulignée et surlignée :
« Remarque générale : en digital, pas d’espace avant ponctuation ( ?!; etc) ni entre montant et symbole € afin que la ponctuation par exemple ne passe pas seule à la ligne, mais toujours accompagnée du mot qui le précéde. » J’ai laissé les fautes de typographie, de langue et d’orthographe, c’était trop tentant.

Mais qui donc a décrété ces sornettes ? L’usage, sans doute. Il a souvent bon dos l’usage. Ou alors pire, la facilité ! Oui, c’est cela, la facilité. Car non, le numérique n’impose pas que l’on se moque des règles typographiques.

Les je-m’en-foutistes de la typographie n’ont pas beaucoup réfléchi pour remédier, par exemple, à leurs problèmes d’espaces insécables sur leurs blogs, sites web ou dans leurs lettres d’information. Un peu de recherche sur Internet et la solution apparaît pourtant, comme me l’a gentiment soufflé mon ami Philippe D., graphiste tout autant attaché que moi aux règles typographiques. Ainsi, quoi qu’on en dise, la norme Unicode n’est pas totalement fermée à la typographie. La preuve : Unicode définit le « NARROW NO-BREAK SPACE », utilisant l’entité numérique « &#8239 ». Cette espace étroite est insécable et peut être utilisée à la perfection comme espace fine insécable dans tout document HTML. Tout est expliqué sur le site du « Typographe futé ». CQFD !

Pour conclure, voici quelques règles typographiques souvent malmenées :

– « Monsieur » en abrégé s’écrit « M. » et non « Mr ». Quant à « Mademoiselle », c’est
« Mlle » et non « Melle » ;

– les nombres d’un numéro de téléphone sont séparés par une espace, pas par des points ;

– l’abréviation « km » ne prend pas de « K » majuscule ;

– « etc. » ne s’écrit jamais « etc… », cette abréviation se termine par un seul point, pas trois. Si elle clôture une phrase, on mettra par contre deux points : « etc.. » ;

– un titre n’est jamais suivi d’un point ;

– on écrit 1er puis 2e, 3e mais jamais 2ième, 3ième ;

– pour les heures, on bannit le « H » majuscule, on écrit 15 h 30, avec des espaces insécables ;

– on accole au texte qu’ils entourent les parenthèses, les crochets et les guillemets anglais mais pas les guillemets français ;

– on met une espace insécable avant et une espace après : les points d’exclamation, d’interrogation, les points-virgules, les deux-points, les tirets. Pour les guillemets français, les espaces insécables sont à l’intérieur des guillemets.

Vous trouverez davantage de règles typographiques dans cet article. Bonne lecture !