Ce que vous ignorez (peut-être) sur l’alphabet

Toy. On l’apprend souvent en chansons. Machinalement, sans trop se poser de questions. Personne ne nous explique vraiment d’où il vient, l’origine de son nom ou encore pourquoi ses lettres sont rangées dans l’ordre qui est le sien. Et si, pour une fois, on s’intéressait d’un peu plus près à notre bon vieil alphabet ?

Commençons par l’ABC, ou peut-être devrions-nous dire l’AB… de l’alphabet. Le mot
« alphabet » vient du mot latin « alphabetum », formé des deux premières lettres de l’alphabet grec « alpha » et « béta », elles-mêmes empruntées aux lettres sémitiques
« aleph » et « bèt ». Bref, comme le résumait très bien Voltaire, « Alphabet ne signifie autre chose que AB… ». Et le célèbre auteur de poursuivre un peu moqueur dans un article intitulé « ABC ou Alphabet » : « … deux sons sans aucun rapport l’un avec l’autre […] l’un est le premier, l’autre le second ; et on ne sait pas pourquoi. »

En effet, dès leur origine (cananéenne), les lettres de l’alphabet ont été rangées selon un ordre resté immuable tant en phénicien qu’en hébreu, en grec et en latin. On ne sait guère pourquoi l’ordre est celui-là, ni pourquoi il n’a jamais vraiment changé. C’est l’un des grands mystères de l’alphabet.

Le lexicologue Jean Pruvost, dans un article paru dans la revue « Les Timbrés de l’orthographe », avance cependant une explication, du moins pour les deux premières lettres. Pour lui, on oublie qu’« aleph » représentait le bœuf et « bèt » la maison, les valeurs premières de l’homme : le bétail, la source de la richesse, et la maison, où l’on vit. « Or lorsqu’on apprend à écrire, à lire, on commence naturellement par ce qui est essentiel aux yeux des adultes qui transmettent leurs valeurs », écrit-il.

Les voyelles n’ont pas toujours existé

Le premier alphabet connu serait né à Ougarit, en Syrie, 1.400 ans avant Jésus-Christ. Il se composait de 27 lettres cunéiformes, des coins tracés dans de l’argile. Par la suite, des alphabets de 22 lettres, essentiellement des consonnes (dans les langues sémitiques tout mot commence par une consonne), ont servi à écrire le phénicien, l’araméen ou l’hébreu.

Ce sont les grecs qui ont mis voyelles et consonnes sur un pied d’égalité. Ils ont attribué à certaines lettres phéniciennes dont ils n’avaient pas l’usage la valeur de voyelle. C’est comme cela que sont nés l’alpha (« A »), l’epsilon (« E »), l’omicron (« O ») et l’upsilon
(« Y »). Le iota, le « i », ils l’inventèrent ex nihilo. Bref sans les Grecs, bon nombre de langues ne seraient pas les mêmes aujourd’hui…

Autres petites curiosités de l’alphabet

> L’alphabet grec est à l’origine de tous les alphabets européens actuels (copte, géorgien, cyrillique, gothique, arménien, etc.).

> Le « O » est rond car à l’origine, il est l’initiale du mot hébraïque « oyin » qui désigne l’œil. Le O n’est donc pas un « rond », un « cercle », mais un œil !

> L’alphabet français n’est pas constitué de 26 lettres mais de… 42 ! Aux 26 lettres que tout élève apprend comme faisant partie de l’alphabet, il faut ajouter 13 voyelles accentuées, un graphème (le « ç ») et deux ligatures (le e dans a « æ » et le o dans e
« œ »).

> Le « Z » a disparu un moment de l’alphabet, il était tout simplement inutile en latin…

> Avez-vous remarqué comme la plupart des lettres de l’alphabet ont une symétrie, sauf huit ? Retrouverez-vous lesquelles ?

> Le « E » est la voyelle la plus utilisée (14,7 %), le « S » la consomme la plus utilisée
(7,9 %).

> Pour tester les machines à écrire, une phrase contenant toutes les lettres de l’alphabet avait été inventée : « Portez ce vieux whisky au juge blond qui fume ».

Pour tout savoir sur l’alphabet : M.-A. Ouaknin, « Mystères de l’alphabet », Assouline.

Cet article a été publié dans l’édition de novembre-décembre du magazine «Slow Classes», téléchargeable gratuitement via ce lien. « Slow Classes » est destiné aux parents, aux enseignants et à tous ceux qui veulent apprendre autrement.

La langue française, c’est fatig(u)ant

Young girl over worked C’est le moins que l’on puisse dire ! 
Il y a même des jours où je me dis qu’elle finira par avoir ma peau à force d’être aux aguets pour éviter le mauvais accord de participe passé, le doublement de consonnes mal venu, l’accent dans le mauvais sens ou le pluriel laissé dans le clavier. Même lorsque je n’écris pas, mes antennes langue française sont en alerte. Lire un bouquin pour le plaisir ? A la moindre coquille (et elles ne sont pas rares, même chez Gallimard), le gyrophare orange se met à tourner au-dessus de ma tête, fatiguant mon esprit. Oui, la langue française est fatigante.

Tiens, justement, connaissez-vous cette discordance de notre jolie langue qui nous oblige parfois à faire suivre le « g » de « fatiguant » d’un « u » et parfois pas ? On peut en effet écrire « fatiguant » et « fatigant ». Mais pas n’importe quand ! Ecrire l’un à la place de l’autre est une faute. Tout est en fait histoire de syntaxe :

« fatiguant », avec un « u », est le participe présent du verbe « fatiguer » ;

« fatigant », sans « u », est un adjectif verbal.

Concrètement, on écrira « cette fille est fatigante avec ses histoires d’orthographe »
mais « fatiguant tout le monde avec ses histoires d’orthographe, elle perdit tous ses lecteurs ».

Vous hésitez encore ? Pour être certain(e) qu’il s’agit de l’adjectif, remplacez « fatigant » par un synonyme. Dans notre exemple : « cette fille est épuisante avec ses histoires d’orthographe ».

Fatigant/fatiguant n’est pas la seule discordance de ce type. Communiquer, convaincre, divaguer, intriguer, naviguer, provoquer, suffoquer, vaquer, zigzaguer s’écrivent également avec « qu » ou « gu » au participe présent et avec « c » ou « g » lorsqu’il s’agit de l’adjectif verbal.

Ca va, pas trop fatigué(e) ?