Oh regarde, une paréidolie !

nuagecheval Non, définitivement non, votre enfant ne vous lâchera jamais en regardant le ciel : « Oh regarde, une paréidolie ! » Par contre, il vous dira : « Oh regarde, le nuage, il ressemble à un ourson. » Ou à un éléphant, un visage, un poisson.

Vous aussi, j’en suis certaine, il vous arrive de voir la carte de France en découpant un kiwi, un visage dans la mousse de votre café ou encore le Christ en trame de fond d’une vieille photo noir et blanc ou sur le tronc d’un arbre.

Eh bien cette illusion d’optique porte un nom, eh oui : la paréidolie (qui peut s’écrire avec ou sans accent). Et je dois bien avouer que je l’ignorais jusqu’à la semaine dernière. Comme quoi, on n’a jamais fini d’enrichir son vocabulaire.

Selon une étude publiée en avril 2014, voir des paréidolies partout serait un signe de bonne santé cérébrale. Car c’est bien notre cerveau qui est à l’origine de ces « visions ». En fait, le cerveau structure son environnement et il lui arrive de transformer des informations fournies par la rétine en objets connus. C’est pourquoi dans un même nuage, deux personnes peuvent voir des choses différentes. Les attentes, les prédispositions, la culture de chacun a un impact sur nos paréidolies.

Quoi qu’il en soit, et en cette veille de week-end et de dîner(s) entre amis, voilà un mot à caser dans la conversation pour épater la galerie !

La lettre dont on ne peut prononcer le nom

22 Le lipogramme est un jeu qui interdit l’usage d’une ou plusieurs lettres de l’alphabet dans un récit. Le plus célèbre lipogramme est sans doute celui de Georges Perec qui a banni la lettre « e » de son roman « La Disparition ». Une prouesse littéraire, certes. Un jeu de l’esprit, nul doute. Mais encore…

C’est le point de départ d’une petite perle à mettre entre les mains de tous les enfants mais aussi de tous les parents : « 22 ! ». Ecrit par Marie-Aude Murail et édité par L’Ecole des Loisirs, c’est l’histoire d’un Grand-Duché où la lettre « v » a été bannie à cause d’un poème rédigé juste pour rire mais qui déplut au Grand-Duc. Plus question d’écrire la lettre maudite ni de la prononcer sous peine d’amende ou, pire, de se faire couper la langue ! Des correcteurs de la chose écrite furent même engagés pour supprimer la lettre honnie de tous les romans, contes ou pièces de théâtre. Une censure qui oblige tous les habitants, et le Grand-Duc lui même (dur, dur car « on peut être tyran et pas très fort en synonymes »), à dénicher une multitude de synonymes qui rendent certains passages particulièrement exquis. Jusqu’au jour où son propre fils fait connaissance avec la lettre conspuée…

Pour l’auteure, cette censure qui peut paraître dérisoire au départ, interdit en réalité toute spontanéité. Pire, elle dénature notre héritage culturel et pèse même sur notre désir de créer (le héros de l’histoire, Ladimir, est auteur et n’a d’autre choix que de s’exiler dans une contrée éloignée pour rédiger comme il l’entend et utiliser la lettre dont on ne peut prononcer le nom !). Bref, aucune censure même la plus petite ne peut être prise à la légère.

Au-delà de ce message un brin « sérieux » pour un récit qui s’adresse aux 7-10 ans,
« 22 ! » est amusant, réjouissant et nous amène, petits et grands, à nous rendre compte de la richesse de la langue française, de tous ces synonymes que l’on emploie chaque jour sans y penser.

Bref, un bijou à commander sans tarder chez le libraire du coin. Ah oui, j’oubliais : pourquoi 22 ? Car la lettre maudite est la 22e de l’alphabet. Surtout, ce sont les typographes qui sont à l’origine de l’expression « 22 ! » : pour s’avertir mutuellement de l’approche dans l’atelier de leur supérieur hiérarchique (le prote), ils criaient « 22 ! » qui est l’addition des rangs dans l’alphabet des quatre lettres du mot « chef » : c-3 + h-8 + e-5 + f-6 = 22.

Marie-Aude Murail, « 22 ! », L’Ecole des Loisirs, 2008.

Ce billet a été écrit en utilisant une seule fois la lettre bannie par le Grand-Duc Nikolaï. Ce ne fut pas simple ! 😉