Les entreprises ont besoin des littéraires, enfin !

copy writing « Les entreprises ont besoin de professionnels de l’écrit », ce n’est pas moi qui contredirai la linguiste Jeanne Bordeau. Dans un article publié par le magazine français
« Capital »
voici quelques semaines, elle explique que le numérique a donné une nouvelle vie à l’écrit dans les organisations. Et aux diplômés des filières de Lettres et Sciences humaines.

Des réseaux sociaux aux blogs en passant par les lettres d’information ou les sites web, les sociétés ont de plus en plus besoin d’organiser leur discours, de trouver le mot juste à tout instant. A tel point que plusieurs d’entre elles (Renault, Randstad, Crédit Agricole…) ont créé en leur sein de véritables rédactions et même… des écoles d’écriture internes. Vous avez bien lu !

Bon, cela, ça se passe en France. Chez nous, on n’en est pas là. Mais on se prend à rêver… Enfin les littéraires retrouvent leurs lettres de noblesse. Enfin on les prend au sérieux. Enfin les entreprises reconnaissent qu’écrire est un art. Un art qui n’est pas donné à tous. Une tâche que l’on ne peut (plus) confier au premier chien avec un chapeau qui passe au détour d’un couloir. Ou pire, à une machine.

Voilà qui devrait peut-être nous éviter, un jour, de devoir lire en réponse à une candidature pour un job « littéraire » à la RTBF : « Nous vous remercions pour votre application. Nous avons en effet déjà enregistré votre candidature pour ce poste et se fera un plaisir de vous répondre dès que nous avons attentivement parcouru votre CV. »

« Médias, arrêtez le massacre ! »

Arretez_Le_Massacre_site_large « Langue française, arrêtez le massacre ! » Personnellement, je dirais « Médias, arrêtez le
massacre ! ». Arrêtez de massacrer vos sujets, de publier le même article que la rédaction d’à côté.
Mot pour mot.

C’est vrai que recopier purement et simplement le communiqué de presse ou la dépêche de l’AFP ou de Belga, c’est la garantie d’une mise en ligne rapide de l’information. Publier deux heures plus tard que les concurrents ou, pire, le lendemain, vous n’y pensez
pas ! Mieux vaut donc abreuver le bon peuple d’une information standardisée. La même infographie, les mêmes chiffres, les mêmes exemples, le même texte ! Réfléchir à un angle, lire le bouquin, proposer une analyse, cela prend trop de temps. Surtout pour un article à publier sur le site web. Après cela, les spécialistes du référencement voudraient me faire croire que Google « punit » les sites qui plagient. A ce rythme-là, tous les médias se retrouveront bientôt au fin fond des résultats de recherche… ce qui m’étonnerait.

Cela dit, le phénomène du « recopiage » n’est pas nouveau, me direz-vous. C’est vrai, mais il a un peu trop tendance à se propager, y compris à ce que l’on pouvait encore appeler il y a peu les médias de qualité. Pour la sortie de l’ouvrage du grammairien Jean Maillet, « Langue française, arrêtez le massacre ! », tous nous servent le même papier, du
« Nouvel Obs » au « Point » en passant par TV5 Monde, « L’Express », « Influencia » ou, chez nous, 7 sur 7. Cliquez sur les liens, vous verrez, c’est édifiant.

Vous voulez de l’analyse, aller un peu plus loin que le communiqué ou la dépêche, arrêtez de lire des journaux ou de surfer sur les sites des médias en ligne et tournez-vous plutôt vers la radio. Là, au moins, on peut encore espérer, de temps en temps, apprendre réellement quelque chose. A propos, pour les amateurs de langue française, de bons mots et d’analyse, voici le lien pour écouter l’interview de Jean Maillet sur RTL France.

Jean Maillet, « Langue française, arrêtez le massacre ! », Editions de l’Opportun, 2014.