Etre les premiers booktubers belges, ça vous dit ?

Booktuber En Espagne, ils sont entre 20.000 et 50.000. En Argentine, dix fois moins mais le phénomène est en pleine croissance. Les booktubers sont en passe de faire la nique aux bons vieux critiques littéraires devenus parfois aussi poussiéreux et ennuyeux qu’une bibliothèque de monastère.

Les booktubers ? Essentiellement des ados ou de jeunes étudiants qui, face caméra (leur smartphone ou leur tablette), parlent littérature, mettent en scène (devant leur bibliothèque !) le dernier bouquin qu’ils ont dévoré et postent leurs vidéos sur YouTube. Par leur style, leur humour, pas de doute, ils dépoussièrent la critique littéraire.

S’ils font le bonheur de leurs fans – certains en comptent plusieurs milliers ! –, les maisons d’édition commencent aussi à s’intéresser à ces véritables phénomènes de l’édition nouvelle génération. Certaines, comme Penguin Random House, voient littéralement en eux les nouveaux « prescripteurs et recruteurs de nouveaux lecteurs. Ils font une sacrée différence », peut-on lire dans un article de « La Nación ».

Certes, j’avoue ne plus être ni une ado ni une « jeune » étudiante, mais le concept est séduisant. Après tout, pourquoi les booktubers devraient-ils tous avoir entre 15 et 25 ans ? Et vous, seriez-vous partants pour démarrer la première communauté belge de booktubers ? Qui sera le premier ?

Petit guide pour démarrer sa « carrière » de booktuber
Sélection de booktubers (en anglais)

Les dessous (sexy) de la rentrée littéraire

Etam Dans les maisons d’édition on affûte les dernières armes avant la rentrée littéraire de septembre. Bon courage, une fois de plus, pour faire le tri parmi les ouvrages qui se bousculeront sur les tables de nos libraires. Alors que l’an dernier on dénombrait 555 romans estampillés « rentrée littéraire », ils seront 607 cette année ! Cela dit, si ça rapporte autant, voire plus qu’en 2013…
En France, entre fin août et mi-octobre 2013,
1,15 million de romans « made in rentrée
littéraire » ont été vendus, pour un chiffre d’affaires de 22,3 millions d’euros. (source : « Le Parisien »)

Bien sûr, les stars seront de la partie en septembre prochain, de l’incontournable Amélie au chouchou Foenkinos en passant par Grégoire Delacourt, Siri Hustvedt, Haruki Murakami et le flamboyant Frédéric Beigbeder, pour faire court.

Mais ce dont tout le monde parle depuis quelques jours à propos de la rentrée littéraire, et qui devrait plaire (quoique…) à celui qui voici peu relançait le magazine « Lui », ce sont les « Histoires courtes by Etam ».

But de cette opération marketing mise sur pied par la marque de sous-vêtements et l’éditeur SmartNovel, spécialisé dans le roman-feuilleton sur support mobile ? Démocratiser la lecture numérique. Pourquoi pas…

Reste que le partenariat est plutôt inattendu et étrange. Si encore les six nouvelles inédites téléchargeables en scannant un QR code sur les étiquettes des pyjamas, shortys et autres soutiens-gorge étaient des nouvelles érotiques à la sauce « 50 nuances de Grey », on aurait pu comprendre. Or pas du tout. Au rayon des auteurs choisis, on trouve Pierre Lemaître (Prix Goncourt 2013), Marie Desplechin (Prix Médicis 2005), Nelly Alard (Prix Interallié 2013), Laurent Seksik (Prix du Meilleur Roman Français 2013), Valentine Goby (Prix des libraires 2014) et Barbara Constentine (Choix des libraires 2013). Pas de quoi être émoustillée sous la couette dans sa nouvelle nuisette !

Vous me direz, comment savoir sans avoir lu (l’opération démarre en septembre et durera jusqu’à Noël) ? Je vous invite à regarder la vidéo de présentation, par les auteurs, des
« Histoire courtes by Etam ». Vous m’en direz des nouvelles. Perso, après la vision, le partenariat, je l’aurais plutôt imaginé avec Damart.

« Autant pour moi », Jean !

Magasin des suicides Un accident de transat, voilà ce que j’ai évité de justesse cet été. Tranquillement allongée, je déguste (le mot n’est pas trop faible) « Le magasin des suicides » de Jean Teulé. Jusqu’à ce que j’arrive à la page 78 (de l’édition Pocket) où, subitement, j’ai bien failli tomber de ma chaise longue.

« Le Magasin des suicides » serait-il un suicide
littéraire ? Ou plutôt devrais-je écrire un « suicide orthographique ». Jean Teulé a écrit « Autant pour moi ». S’il avait oublié une marque de pluriel ou le redoublement d’une consonne, on aurait mis cela sur le compte de l’inattention (la sienne et celle du correcteur de la maison d’édition). Après tout, cela arrive à tout le monde. Mais écrire « Autant pour moi »…

Alors je vous l’accorde, comme il existe une guerre entre les partisans d’une chips et d’un chips, il en existe aussi une entre les adeptes du « au temps pour moi » et les pratiquants du « autant pour moi ». Et lorsqu’on parle de guerre, on ne croit pas si bien dire.

En effet, « au temps pour moi » est une expression militaire. Le Grand Dictionnaire Larousse des difficultés et pièges de la langue française explique : « Le commandement “au temps” indique (dans les exercices militaires, en gymnastique, en escrime, etc.) un retour au mouvement (temps) précédent. Au figuré, au temps pour moi, se dit pour reconnaître qu’on s’est trompé et qu’on est prêt à revenir au point de départ pour reconsidérer les choses. » Et d’ajouter, c’est là que cela devient intéressant dans la guerre qui nous occupe et dans ce qui aurait pu me coûter quelques ecchymoses voire une luxation de l’épaule : « Il est plus correct d’écrire “au temps pour moi !” plutôt que “autant pour moi !” même si l’usage a de plus en plus tendance à oublier l’origine militaire de cette expression. »

L’usage… voilà bien un argument qui a le don de me hérisser le poil. Puisque tout le monde écrit n’importe quoi n’importe comment, eh bien engageons-nous dans la bêtise ! Fini les règles orthographiques. Fini les règles tout court. Tuons notre voisin si c’est devenu monnaie courante. Et comme l’écrivait Jean Teulé, encore lui, « Mangez-le si vous voulez »

« Autant pour moi », Jean !