Apprendre l’orthographe… en chansons

singer Quand j’étais enfant, on me répétait inlassablement que pour améliorer mon orthographe, je devais lire, lire et lire encore. Même si les livres ne sont pas exempts de fautes ! Quel que soit l’éditeur, y compris les plus prestigieux, il n’est pas rare de tomber nez à nez dans les ouvrages avec un mot mal orthographié ou un participe passé mal accordé.

Reste que lire est devenu (malheureusement) bien ennuyeux pour beaucoup. Alors pour parfaire l’orthographe, on a inventé des jeux, des exercices en ligne, des logiciels informatiques et, plus surprenant, des chansons ! Mais pas n’importe quelles chansons ! Des « orthochansons ». Personnellement, jusqu’à la semaine dernière, jamais je n’avais entendu parler d’elles.

Les « orthochansons » sont au nombre de 25. Vingt-cinq créations originales qui abordent 75 règles fondamentales de l’orthographe. Autant le dire tout de suite, aucune n’entrera au Top 50 (mais ce n’est pas le but) et on est souvent plus proche de la comptine ou de la chanson de série B malgré la volonté de varier les styles (il y en a même une en rap ; écoutez ce medley). Bref, je ne suis pas sûre que les « orthochansons » se fredonnent avec plaisir et à tout bout de champ. L’idée est néanmoins originale et ludique.

Chaque chanson est accompagnée d’une animation pédagogique, d’une version karaoké, de l’explication détaillée des règles abordées et d’exercices interactifs. La méthode est 100 % multimédia et peut être téléchargée en ligne à un prix très démocratique vu le travail que cela a exigé : 30 €, 20 € pour les enseignants, les formateurs et les demandeurs d’emploi.

Difficile de dire si les « orthochansons » sont efficaces ou s’il s’agit d’un « gadget » de plus. Mais tout comme il n’y a pas de sot métier, il n’y a pas de sotte méthode d’apprentissage de l’orthographe. A chacun la sienne. L’important, finalement, est de s’améliorer. Même si l’on se dit que le business de l’orthographe n’a pas fini de nous étonner…

Les mots aussi ont leurs élections

hands holding pieces of a puzzle with copy space Un vent d’élections souffle sur la Belgique. Depuis quelques semaines, les noms d’oiseaux volent, les petites phrases assassinent, les mots fusent (parfois un peu trop vite). Une vraie cacophonie électorale. A tel point qu’on finit par ne plus les écouter, ces politiques volubiles. Et à se tourner vers une élection aux enjeux sans doute moins importants mais pourtant ô combien révélatrice de l’état de notre société : l’élection du mot de l’année.

Car oui, les mots aussi ont leurs élections. En novembre dernier, le très prestigieux Oxford English Dictionary consacrait « selfie » mot de l’année 2013. En France, les candidats au titre 2014 sont moins « trendy », quoique c’est une façon de voir les choses…

Sur la liste électorale, ils sont « 12 mots emblématiques de l’année collectés au fil des mois. (…) L’inondation lexicale que canalisent à grand-peine les médias, le discours politique et les bavardages ambiants fournit un matériel hétéroclite et abondant », assure Alain Rey, président honoraire du Festival du Mot, au quotidien « Le Monde ». Comme quoi, même dans l’élection du mot de l’année, les politiques ne peuvent s’empêcher, même involontairement, de venir mettre… leur langue.

Alors qui d’« abstention », « crispation », « détresse », « emploi », « famille », « impatience », « matraquage », « pacte », « sanction », « transition énergétique », « vapoter » ou le déjà consacré « selfie » remportera les suffrages ? A moins que ce ne soit « connecté », le candidat suppléant choisi par des étudiants, qui coiffe tout le monde au soir du comptage. Le bureau de vote en ligne est ouvert. Verdict le 23 mai.

Et vous, quel serait votre mot de l’année ? Au soir du 25 mai, « sanction » rivalisera peut-être avec « abstention » à moins que ce ne soit avec « crispation »…

Même l’orthographe est devenue un business…

write Voici quelques semaines, Les Points sur les i vous faisait une révélation : « L’orthographe rend fou ». Elle rend fou les patrons, qui peuvent rater des contrats à cause d’une faute, une toute petite faute, laissée dans un mail ou sur leur site web. Elle rend fou les employés, qui pourraient être licenciés pour cause de mauvaise orthographe ayant provoqué le mécontentement voire la perte d’un client. Elle rend fou les recruteurs, amenés de plus en plus à tester l’orthographe des candidats alors qu’eux-mêmes éprouvent des difficultés lorsqu’il s’agit d’accorder (ou pas) au féminin le nom d’une fonction à pourvoir.

Cette panique généralisée a tout logiquement généré une demande, et donc un marché. On ne compte plus les tests d’orthographe en ligne, les applications dédiées et, bien sûr, les coaches qui feront de vous (ou plus justement
« tenteront de faire de vous ») en quelques séances des virtuoses de l’orthographe ! Certaines sociétés en ont même fait leur principale activité, parfois par hasard. C’est le cas de Woonoz, un éditeur français de logiciels sans aucun lien avec l’orthographe ou la langue française. Alerté par le fait que de plus en plus de sociétés étaient aux prises avec l’orthographe, il a mis sur pied en 2008 un service d’entraînement à l’orthographe baptisé « Projet Voltaire ». Aujourd’hui, l’orthographe représente deux tiers de son chiffre
d’affaires : 2 millions d’euros en juillet 2013, soit 80 % de plus qu’un an plus tôt. Ce chiffre devrait encore croître de 50 % à la fin de l’exercice en cours.

Outre le service d’entraînement en ligne, le Projet Voltaire propose à tous de passer
le « Certificat Voltaire », un test de deux heures et demie, payant (59,90 euros), dans l’une de ses antennes régionales (en France et en Suisse), et qui atteste le niveau de maîtrise de la langue française par un score. Ce score peut ensuite être inscrit sur le C.V. pour le valoriser. En 2010, 1.000 personnes s’étaient inscrites au Certificat Voltaire. En 2013, elles étaient… 10.000 ! Deux cents entreprises font aussi confiance à Woonoz pour aider leurs employés à améliorer leur orthographe.

L’orthographe est devenue un business à la mode. Mais une question se pose : l’orthographe a-t-elle été définitivement bannie des programmes scolaires pour que l’on en arrive à un tel déclin du niveau général et au besoin de développer un « marché de l’orthographe » ? La vidéo de présentation du Projet Voltaire démarre par « Quand t’es nul en orthographe, c’est souvent depuis tout petit… » Sous-entendu les profs n’ont rien pu faire pour toi ? Heureusement le Projet Voltaire est là… Ou malheureusement, c’est selon.