Le pluriel commence à 2 !

peace victory fingersQu’on se le dise une bonne fois pour toutes, le pluriel, en français (j’entends déjà les petits malins qui me diront qu’en allemand ou en anglais ce n’est pas le cas), commence à deux. Pas à 1,1 ni 1,5 ou 1,999999999 !

Dès lors, lorsqu’on écrit, par exemple, « cette maison a coûté 1,3 million d’euros », cela a beau être très cher, million ne prend pas de « s » ! Et c’est valable pour tout autre nom qui suit le chiffre 1 affublé d’une décimale : 1,9 kilomètre, 1,3 euro, 1,7 kilo…

Evident, logique ? Pas pour tout le monde ! Il n’est pas rare, pour ne pas dire (très) courant, de rencontrer cette faute. Je me suis amusée à faire le test ces dernières semaines. J’ai recensé la faute 16 fois ! Sur le portail Wallonie.be, un tweet de la RTBF Info, sur le site de Jean-Marc Nollet (qui a repris l’info du portail Wallonie.be sans relire ni corriger ?), sur le site de Télé Vesdre, trois fois dans trois textes différents d’un même collaborateur… Je vous épargne la liste complète.

Et puisque l’on aborde la question du pluriel et des chiffres, il n’est sans doute pas inutile de rappeler que lorsqu’on évoque des sommes d’argent inférieures à 1 euro, « euro » ne prend pas le « s » non plus. Ainsi, on écrira « cette sucette coûte 40 centimes d’euro ». Ou « 0,4 euro ».

Les mots n’ont pas de sexe, ils ont un genre !

Les mots ont un sexeEn 1989, la linguiste Marina Yaguello publiait « Le sexe des mots ». Voilà que son livre est réédité 25 ans plus tard à une petite différence près. Le titre n’est plus « Le sexe des mots » mais « Les mots ont un sexe ». Cherchez la différence… Selon l’auteure (n’oublions pas d’ajouter le « e » de la forme féminine), l’édition ayant été considérablement enrichie et remaniée et beaucoup de choses ayant changé sur ce « terrain », le titre devait être modifié.

Reste qu’en 25 ans, les mots n’ont toujours pas de sexe mais bien un genre. Un genre grammatical, tout à fait arbitraire et qui ne reflète en rien la réalité de la nature. Et Marina Yaguello est parfaitement d’accord. Elle n’a pas dit autre chose dans une interview accordée à Yvan Amar dans son émission « La Danse des mots » sur RFI. Mais alors pourquoi avoir utilisé, de manière erronée donc, le mot « sexe » dans le titre ? Bingo ! Pour une question de marketing. C’est sûr qu’un ouvrage intitulé « Les mots ont un sexe » a plus de chances d’être vendu à plusieurs milliers d’exemplaires (même en réédition) que celui intitulé « Les mots ont un genre » ou
« Le genre des mots ». Le sexe fait toujours recette alors que la grammaire ne passionne plus les foules depuis longtemps !

Cela dit, il y aura toujours bien un ou une féministe pour animer le débat, confondre sexe et genre, s’offusquer qu’en langue française le masculin l’emporte sur le féminin et y voir une domination de l’homme sur la femme. Confusion tragique qui donne beaucoup de pouvoir aux grammairiens alors que la grammaire et l’orthographe sont en désuétude et ne commandent presque plus personne, comme l’écrivait si bien Aurélien Péréol dans une chronique sur le site du journal « Le Monde » en 2011.

Mais revenons au livre de Marina Yaguello. Qui vaut toutefois la peine d’être lu. Ne serait-ce que pour apprendre pourquoi « marmotte » n’est pas le féminin de « marmot »,
qu’« orateur » ou « gourmet » n’ont pas de féminin, que « panthère » en argot signifie
« putain », que les mots dépréciatifs en « ouille » ou en « aille » comme « canaille » et
« fripouille » sont en majorité féminins ou encore pourquoi « fine mouche » n’est réservé qu’aux femmes. Voire encore pour enrichir son vocabulaire et apprendre, entre autres, ce que signifie « épicène ». Epi-quoi ? Epicène ! Les noms du genre épicène sont des mots qui n’ont pas besoin d’une marque de féminin pour passer d’un genre à un autre. Comme « maire » ou « psychologue ». Vous n’aurez pas lu ce billet pour rien !

Marina Yaguello, Les mots ont un sexe. Pourquoi « marmotte » n’est pas le féminin de
« marmot » et autres curiosités de genre
, Seuil, coll.Points, 2014.

Ceci est un VRAI nouveau média belge scientifique

Crazy scientist. Young boy performing experimentsOn aurait pu croire à un poisson d’avril. Mais non. Un nouveau média belge quotidien de vulgarisation scientifique et de diffusion des connaissances a bien été lancé le 1er avril. Avouez qu’il y avait de quoi avoir des doutes. Autant que sur la venue des Daft Punk dans le taxi de Jérôme Colin. Car entendre et lire dans une même phrase un 1er avril cette suite de mots « nouveau », « média », « belge », « quotidien », « vulgarisation scientifique », « diffusion des connaissances », c’est un peu comme qui dirait… « inimaginable » voire « utopique ». Et quand en plus on vous annonce que « Daily Science », c’est son nom, est garanti zéro pub et entièrement gratuit, on a vraiment du mal à imaginer l’information sérieuse.

Et pourtant… Financé par des soutiens publics, académiques et le mécénat privé, ce « pure player » – « Daily Science » ne diffuse ses infos (articles, podcasts, vidéos) que de manière digitale –, est bien réel. Son ambition, partagée par son « scientifique en chef », l’ex-journaliste du quotidien « Le Soir » Christian Du Brulle : « Aider les lecteurs à mieux comprendre et apprécier la science d’aujourd’hui. Offrir l’accès le plus large possible à la connaissance, éveiller l’intérêt pour la science, la recherche et l’innovation, doper la visibilité des cerveaux à l’œuvre en Belgique, susciter un engouement pour les études et les métiers dans les multiples disciplines liées aux progrès des savoirs. »

Voilà qui n’est pas une mince affaire. Pas facile, en effet, d’intéresser un large public aux sciences dans leur ensemble. Mais toutefois pas impossible si l’on a un brin de créativité et que l’info est diffusée de manière attractive tant sur le fond que sur la forme. De ce côté là, il reste du chemin à faire, et les médias sociaux à investir… Mais « Daily Science » n’a que trois jours…

« Matière Grise », sur la RTBF, est la preuve qu’un média axé sur les sciences peut toucher le plus grand nombre sans pour autant tomber dans le travers soit de la télévision scolaire d’antan, soit de l’ultra spécialisé à l’image d’un « Science » ou d’un « Nature ». « Daily Science », nous lui souhaitons, pourrait connaître le même destin heureux.