Le (futur) Spotify de l’édition est à moitié belge

spotify édition Le marché du livre numérique est en pleine croissance. Si l’Europe est à la traîne par rapport aux Etats-Unis, où l’e-book représente de 20 à 30 % du marché du livre selon les études, elle connaît néanmoins un doublement des ventes des livres électroniques tous les ans. Preuve de l’engouement pour le livre dématérialisé, des maisons se consacrent désormais entièrement à l’édition électronique : chez nous, on citera par exemple Bebooks.

Reste que l’ascension du livre électronique pourrait être beaucoup plus rapide si elle n’était freinée par le prix de celui-ci. Alors que l’on pourrait s’attendre à payer son e-book deux fois moins cher qu’une édition papier, le prix n’est généralement inférieur que de 30% et c’est souvent un maximum ! Sauf si le bouquin est un torchon notoire, et encore… Ainsi, le dernier Amélie Nothomb, La Nostalgie heureuse, coûte 15,68 € pour sa version brochée et 11,99 € en format électronique.

Deux grandes maisons d’édition – l’une néerlandaise, l’autre flamande qui représentent ensemble quasi la moitié du marché des livres numériques néerlandophones – ont décidé de s’attaquer au problème en lançant d’ici la fin 2014 aux Pays-Bas et en Belgique un service de lecture en streaming tout droit inspiré de Spotify et Netflix.

Concrètement, WPG et LannooMeulenhoff proposeront plusieurs milliers de titres, essentiellement des best-sellers, pour un montant fixe par mois. Les lecteurs pourront désormais lire autant de livres qu’ils le souhaitent pour un prix raisonnable (mais non encore communiqué…).

Outre l’accès plus aisé (télécharger un e-book relève parfois de l’exploit !) et moins coûteux aux livres, les deux éditeurs espèrent grâce à leur initiative « contrecarrer les projets des pirates de livres électroniques et intéresser de nouveaux lecteurs », peut-on lire dans un article publié mi-février dans le NRC Handelsblad. Cerise sur le gâteau, ce projet devrait également leur permettre d’accorder une rémunération plus élevée aux auteurs. C’est déjà ça.

Il ne reste plus qu’à espérer que l’initiative mi-batave mi-flamande donne des idées aux maisons d’édition de langue française…

Dessine-moi un mot… du futur

Mots du futur Chaque décennie apporte son lot de néologismes. Dans les années 1960, les anglicismes ont tenu le haut du pavé. Dans les années 1970, les noms en forme de sigles ont déferlé. Puis ce fut le tour des mots finissant par « -tique », et ceux qui commencent par « cyber- ». Le vocabulaire suit l’évolution de la société. Des milliers de mots nouveaux apparaissent au fil du temps. Et si nous inventions les mots du futur plutôt que de laisser cette tâche à des ministères et fonctionnaires souvent à côté de la plaque ?

C’est le projet collaboratif du « Dico du Futur » qui permet à tout un chacun lors de séminaires, d’ateliers ou d’événements de jouer à inventer les mots de demain. Un concept ludique qui a déjà donné naissance à quelques perles qui peut-être un jour entreront dans les pages du « Larousse » ou du « Robert »…

Mes exemples préférés ?

Funebriste : « Employé spécialisé dans les enterrements virtuels et l’usage des technologies dans les rites funéraires »
Motivamuser : « Utiliser l’humour et le jeu pour motiver »
Enverdeur : « Intégriste de l’écologie qui critique en permanence les pratiques pas assez vertes de ses proches »
Icarement : « Vêtement qui permet de voler »
Nigauketing : « Ensemble des études qui prennent les clients et les entreprises pour des nigauds »

Ils sont tous à lire ici.

Et vous, quel(s) mot(s) proposeriez-vous au « Dico du Futur » ?

Les Astérix et Obélix de la presse

OLYMPUS DIGITAL CAMERA Alors que les grands groupes de presse peinent à trouver un nouveau souffle, essaient de se dépatouiller dans l’ère numérique qui les absorbe peu à peu voire les pousse vers le déclin et la mort, quelques groupes d’irréductibles journalistes continuent à y croire et à se démener pour qu’une information différente et de qualité, et même de nouveaux journaux papier, voient le jour. Auraient-ils perdu la tête, seraient-ils fous par Toutatis ? Qui pourrait être assez inconscient pour les aider à monter de tels projets ? Vous, moi, nous. Des anonymes animés par l’espoir (la foi ?) qu’il est encore possible de pouvoir lire autre chose que des torchons (n’ayons pas peur des mots) inspirés par les tabloïds anglais (entre autres) et autres sites du genre Buzzfeed.

Ainsi aux Pays-Bas, le nouveau magazine numérique De Correspondent a rassemblé, accrochez-vous, 1,7 million de dollar en huit jours grâce au financement participatif ! Du jamais-vu pour un projet journalistique. La plate-forme, en ligne depuis trois mois, compte aujourd’hui 28.000 abonnés et livre quotidiennement des articles non pas sur l’actualité mais sur tout ce qui est actuel. La différence ? « L’actualité se produit aujourd’hui, alors que l’actuel se produit tous les jours, précise Rob Wijnberg, fondateur et rédacteur en chef, dans une interview (à lire absolument) accordée à Ragemag. Du coup, quand on veut comprendre le monde, et nos vies dans ce monde, on est systématiquement trompés par ce qui se passe aujourd’hui : l’actualité que l’on voit est l’exception à la règle. Nous ne traitons pas des exceptions, nous souhaitons traiter des règles. La promesse que nous avons faite à nos abonnés contenait deux choses. La première, c’était une plate-forme centrée sur ses auteurs. Les abonnés suivent des correspondants qui ont une expertise ou un savoir sur un sujet précis. La deuxième, c’est que ces correspondants ne vont pas écrire sur l’actualité, mais sur ce qu’ils pensent devoir faire figurer dans l’actualité. Parce que ce sont des experts, ils peuvent juger avec grande pertinence ce qui mérite d’être traité et ce qui ne mérite pas de l’être. »

En Suède, ce n’est pas l’option numérique qui est à la une pour les nouveaux médias (dans le sens premier du terme). Là bas, les Astérix et Obélix de la presse ne croient pas à la mort du journal papier. Le 13 janvier dernier, un nouveau quotidien a vu le jour : Dagens ETC. Le premier depuis… 30 ans ! Pour démarrer, le journal suédois a lui aussi misé sur le financement participatif et a récolté 700.000 euros. Et 5.000 abonnés. La publicité n’intervient qu’à hauteur de 10 % dans son financement. Indépendant mais clairement de gauche écologiste, Dagens ETC entend démontrer qu’il faut encore compter avec le papier. Le directeur de la rédaction, Johan Ehrenberg, a d’ailleurs précisé à la radio publique suédoise que « les grands quotidiens de droite se financent par la publicité. Il s’agirait de la « mort des annonces » et non pas de la « mort du journal papier » : Tant que nous faisons un journal pour lequel les lecteurs sont prêts à payer, nous n’avons rien à craindre. »

Espérons que cela suffira à jeter une bonne fois pour toutes aux oubliettes la prédiction (plutôt énervante) d’extinction du journal papier de Futureexploration.